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Résidants de l’Armée du Salut et électeurs

Certains étaient sans domicile avant d’être accueillis à l’Armée du Salut, d’autres vivent en maison de retraite médicalisée. Nombre d’entre eux ont voté le 22 avril dernier et sont particulièrement attachés au fait de pouvoir exercer ainsi leur citoyenneté, souvent avec le soutien des équipes de la Fondation de l’Armée du Salut.

Un vote dont les préparatifs ont parfois commencé depuis plus d’un an.

Moments essentiels de la vie politique française, les élections présidentielles et législatives sont également un temps fort pour nombre de résidants de la Fondation de l’Armée du Salut. Leur vote le 22 avril dernier est l’aboutissement de démarches qui ont commencé parfois des mois plus tôt. Dès 2011, en effet, des établissements de la Fondation ont lancé un travail de sensibilisation de leurs résidants aux élections à venir et donc à l’importance d’être inscrit sur les listes électorales. 

Dans certaines villes, comme à Lille, au centre d’hébergement et de réinsertion sociale Les Moulins de l’Espoir, ce sont les résidants du centre eux-mêmes qui ont pris l’initiative, faisant vivre le débat démocratique et accompagnant dans leur inscription sur les listes électorales, lorsque c’était nécessaire, les personnes qui avaient besoin d’être aidées. Certains résidants d’établissements sociaux n’ont en effet jamais été inscrits sur les listes, d’autres ont été rayés suite à leurs changements constants de domicile. Cette sensibilisation s’est poursuivie tout au long de ces derniers mois. « Nous avons réalisé un affichage au sein de l’établissement, afin de rappeler les dates des élections, et souligner que le vote est un devoir citoyen », explique ainsi Richard Grosjean, directeur de la Cité de Lyon, le centre d’hébergement et de réinsertion sociale de la Fondation à Lyon. « Dans notre centre d’hébergement d’urgence hivernal, dont l’activité doit malheureusement s’interrompre dans quelques semaines, l’espace café/journaux joue le rôle de « place publique » où les résidants partagent volontiers leurs opinions », témoigne Jocelyne Bresson, la directrice du centre Mouzaïa, à Paris, ouvert depuis début janvier. « Le soir du premier tour des élections présidentielles, nous avons été nombreux à suivre les résultats à la télévision installée dans le centre. » D’ailleurs, plusieurs résidants témoignent de leur engagement citoyen ci-dessous. 

 Faciliter le vote par procuration 

Dans plusieurs maisons de retraite médicalisées de la Fondation, les choses ont également été préparées à l’avance pour permettre aux nombreux résidents dans l’incapacité de se déplacer d’exercer leur droit de vote. « Dès novembre 2011, nous avons diffusé une information à propos des démarches à accomplir pour s’inscrire sur les listes électorales et nous sommes allés récupérer les formulaires à la mairie pour les mettre à disposition au sein de l’établissement », explique Valérie Mercier, la directrice de la Résidence Boris Antonoff, à Saint-Malo. Plusieurs semaines avant le vote, des officiers de gendarmerie habilités se sont rendu dans ces établissements pour faciliter le vote par procuration. Cela a aussi été le cas de l’Arc-en-ciel, la maison de retraite médicalisée de la Fondation à Chantilly, où, par ailleurs, « six résidents sont allés voter le 22 avril – et c’est moi qui ai assuré la navette jusqu’au bureau de vote ! », raconte Martine Vwanza, la directrice. 

Citoyenneté au quotidien 

Derrière cette volonté de faire vivre pleinement la citoyenneté, il y a, pour la Fondation de l’Armée du Salut, la conviction qu’être accueilli et accompagné dans un établissement social ou médico-social ne signifie bien évidemment pas être coupé du reste de la société, bien au contraire ! Les centres d’hébergement et de réinsertion sociale, par exemple, sont une étape avant l’autonomie, il est donc normal que les résidants y exercent tous leurs droits citoyens. Quel que soit leur âge, il est également essentiel que ceux que la société a tendance à écarter puissent se rappeler à elle et influencer les choix de la nation. Comme pour tout ce qui concerne leurs démarches d’insertion sociale et professionnelle, ils peuvent compter sur l’appui de leur établissement d’accueil et des professionnels qui les accompagnent. Enfin, il faut souligner que cette « participation citoyenne » fait l’objet d’un travail quotidien au-delà des périodes électorales. Les résidants sont ainsi encouragés à élire leurs représentants au sein d’un Conseil de la vie sociale, instance qui les représente au sein de l’établissement et qui est consultée pour tout ce qui concerne la vie de la structure (définition du règlement intérieur, organisation des activités, qualité des repas …). Ce n’est sans doute pas un hasard si ce sont les résidants élus au sein du Conseil de la vie sociale du Phare, centre d’hébergement et de réinsertion sociale havrais de la Fondation, qui ont mobilisé, ces derniers mois, les autres résidants pour les inciter à s’inscrire sur les listes électorales. 

Deux résidants du centre Mouzaïa (Paris) témoignent :

(les prénoms des résidants témoignant ont été modifiés) 

« J’achète tous les jours la presse et j’ai toujours voté, car je me suis toujours senti à la fois citoyen et observateur engagé dans la Cité. Mon admission au centre de la Mouzaïa n’a en rien changé mon point de vue. Durant la campagne, j’ai déploré que les problématiques d’exclusion sociale aient été largement écartées des débats. Cela étant, je suis bien sûr allé voter le 22 avril. » Yann., une cinquantaine d’années, journaliste, en galère depuis plusieurs années.

« Je suis franco-comorien, et j’estime qu’en m’engageant dans le domaine politique, je défends ma patrie. C’est pourquoi j’ai pris part à la campagne de ces derniers mois, en particulier en participant au porte à porte pour aller à la rencontre des électeurs. J’ai également été scrutateur dans un bureau de vote, le 22 avril. » Alexandre, une soixantaine d’années, ancien militaire.