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Les précaires sont des experts

Ados étrangers, un nouvel avenir en France

Ados étrangers

Copyright FTDA (France terre d'asile)

 A l’âge de 15 ou 16 ans, ils ont parcouru seuls des milliers de kilomètres pour fuir un pays en guerre ou un entourage violent. Déjà extrêmement mûrs malgré leur jeune âge, ils arrivent en France sans parler un mot de français mais avec une forte volonté de vivre, de s’en sortir et de s’intégrer si on leur en donne la chance. On les appelle les « mineurs étrangers isolés ». 

 Depuis février 2011, plusieurs jeunes mineurs ainsi arrivés seuls en France sont accueillis à Saint-Malo, aux Enfants de Rochebonne, un établissement pour enfants de la Fondation de l’Armée du Salut. En un an, ce sont 7 jeunes qui ont été ainsi confiés à la Fondation par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). La mission de l’établissement est très exigeante : il s’agit de mettre tout en œuvre pour que ces adolescents puissent, d’ici l’âge de 18 ans, devenir complètement autonomes. La démarche s’articule du coup autour de trois axes principaux : la formation professionnelle et l’apprentissage du français, la santé et enfin les démarches administratives en vue de pouvoir continuer à vivre en France le jour de leur majorité. Ce travail s’appuie bien sûr fortement sur de nombreux partenariats afin que le parcours de ces jeunes débouche sur une insertion solide. 

 Interview en français dans le texte de João, jeune accueilli à Saint-Malo 

 « J’ai fui seul l’Angola à l’âge de 16 ans à cause des violences politiques, qui ont causé la mort de mes deux parents, juste avant mon départ. Mon arrivée à Paris, puis à Rennes, a été un moment très difficile. A Rennes, une personne croisée dans la rue, et qui me comprenait un peu en parlant espagnol, m’a orienté vers un Centre social qui, à son tour, m’a permis d’être accueilli en urgence chez une famille d’accueil, avant d’être orienté ici [une chance car certains jeunes vivent plusieurs mois en foyers de jeunes travailleurs avant de pouvoir être orientés]. Quand je repense aux derniers mois… l’aide des éducateurs m’a permis d’avancer malgré les difficultés, ils ont toujours été là et le sont encore quand j’ai besoin d’une aide ou d’un conseil. Actuellement, je suis en 1ère année de CAP en électricité [ses résultats scolaires sont de très bon niveau]. J’aimerais ensuite intégrer un BTS en électricité pour travailler en électrotechnique. C’était la profession de mon père. Je continue par ailleurs à résider en France sous couvert d’un titre de séjour provisoire de trois mois, en attendant que l’Ofpra statue sur ma demande d’asile [qui permet à João de bénéficier de la protection de l’ASE]. » 

 Interview de Guillaume Alonso, éducateur de l’établissement « Les Enfants de Rochebonne » 

 « Lors de l’arrivée des jeunes, nous faisons un bilan de leur situation administrative - un aspect de notre accompagnement qui nous prend beaucoup de temps, en particulier pour les demandes d’asile, et qui fait vivre aux jeunes des moments durs à la Préfecture, malgré notre présence. Nous leur montrons qu’ils sont désormais en sécurité, et qu’ils peuvent nous faire confiance pour leur parcours à venir. Pour communiquer (la plupart ne parlent pas français à leur arrivée), nous utilisons des imagiers pour les situations de la vie quotidienne, ou recourons à des interprètes pour des sujets plus « techniques » (médical …), même si ces professionnels sont parfois saturés de demandes. De manière générale, nos partenariats sont nombreux. En matière de santé, un bilan global est réalisé, dès l’arrivée du jeune, en lien avec le réseau Ville Hôpital de Rennes. Sur le plan scolaire, les premiers jeunes accueillis ont été rapidement scolarisés en classe FLE – français langue étrangère - au Lycée Maupertuis de Saint-Malo. Grâce aux liens créés au sein l’établissement et avec le soutien de la Mission jeunes insertion, la situation des premiers jeunes accueillis a rapidement évolué, deux d’entre eux ont même réussi à être embauchés en alternance par une entreprise à Rennes. De manière générale, travailler au côté de ces jeunes est très gratifiant ; leur histoire leur a conféré une maturité bien supérieure à celle attendue pour leur âge, ils sont très solidaires et très méritants. » 

 Devant le succès de cette action menée par la Fondation à Saint-Malo et dans d’autres villes, comme à Strasbourg, il a bien sûr été décidé de poursuivre l’initiative dans les années qui viennent afin de donner leur chance à ces jeunes déjà marqués par la vie, dont le courage est un exemple au quotidien pour tous les autres jeunes qui vivent à leurs côtés. 

 Nous remercions "France terre d'asile" d'avoir mis à notre disposition l'image illustrant cet article.