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Les actualités

« Pour une société dont le prendre soin serait le cœur »

Publié le : 13 février 2017

Jérôme Pellissier est psychogérontologue, formateur, et auteur de plusieurs ouvrages. Il est intervenu fin 2016 dans le cadre des rencontres du groupe éthique de la Fondation de l’Armée du Salut.

Qu’avez-vous retenu de vos échanges récents avec un groupe de professionnels et personnes accueillies à la Fondation de l’Armée du Salut ?

Ce qui m’a le plus frappé, parmi tout ce qu’on peut en retenir, c’est le souci constant, autour des situations où la personne qui a besoin d’aide est dans un tel état qu’elle ne peut guider l’aide qu’on va lui apporter, de procéder de façon à ce que nos interventions ne blessent pas : son autonomie, son monde, ses relations, son temps… C’est le cœur du prendre-soin : accompagner, aider l’autre en s’assurant de l’aider avec lui.

Dans le cadre actuel globalement très contraint du travail social et médico-social, vous avez souligné, lors de cette rencontre, que certaines équipes résistent mieux que d'autres, en raison, en particulier, de la qualité et de l'intensité des échanges : quels sont, selon vous, les éléments favorisant une telle qualité et y a-t-il des expériences transférables dans ce domaine ?

Il faut regarder du côté des travaux sur ce que les anglo-saxons appellent les « hôpitaux magnétiques » (ceux qui retiennent leurs salarié-e-s). Ce qu’ils pointent avant tout : une culture de l’autonomie des professionnels, de vrais temps d’échanges dans les équipes, une administration souple, accessible, qui valorise les savoir faire des professionnels, un prendre soin centré sur la personne, etc. C’est donc tout un mode d’organisation, souvent, avouons-le, plus facile à mettre en œuvre dans des petites structures un peu « familiales » que dans certains hôpitaux dominés par des rigidités administrativo-médicales puissantes…

Dans la perspective des prochains débats électoraux, quelle(s) proposition(s) soutiendriez-vous en matière de travail social / médico-social ?

Il y aurait tellement de propositions, et à tellement de niveaux différents ! A minima, il faudrait soutenir fortement tout ce que nous venons d’évoquer. Ensuite, à un niveau un peu plus général : cette autonomie et cette souplesse ne sont possibles que si nous luttons aussi contre le technocratisme et la manière dont sont désormais « gérés » certains domaines, qui concernent le prendre-soin d’humains, comme sont « gérés » des entrepôts d’emballage et d’expédition de produits. D’autre part, l’aspect économique joue aussi : dans le domaine du prendre-soin (soigner, accompagner, guider, soutenir…) de personnes vulnérables, la pénurie de moyens crée des pressions et aboutit à des modes d’organisation qui ne peuvent que provoquer des dégâts. Notamment parce que la pénurie finit toujours par conduire ceux qui prennent soin à accélérer, à moins échanger ensemble, et à « aller à l’essentiel ». L’essentiel : généralement les aspects matériels et, dans le domaine de la santé, physiologiques. Or quand on prend soin d’un humain en ne se centrant que sur les aspects matériels et physiologiques, on tend à se rapprocher d’un prendre-soin « vétérinaire », au sens qu’il ne prend justement plus soin de l’humain en l’humain : du culturel, du spirituel, du psychologique, du relationnel, de l’affectif… Et donc il faut évoquer le niveau global et politique – et là ce ne sont plus des propositions, c’est le combat humaniste et politique pour un système de société où les moyens économiques soient proportionnels aux bénéfices sociaux et humains des activités. Actuellement, plus un métier est socialement et humainement positif (enseigner, prendre soin, pratiquer un art, une science-humaine…), moins il est reconnu et financé. Un professionnel qui enseigne, prend soin, crée des liens, etc., est systématiquement moins valorisé et payé qu’un autre qui met au chômage, spécule, pollue, etc. Vous aurez compris que je ne crois pas que des propositions, aussi intéressantes soient-elles au niveau d’une association, d’un établissement, etc., puissent mener très loin tant que le système ira profondément contre les principes même (primat de l’humain, solidarité, autonomie, coopération…) du prendre soin.

Suivre Jérôme Pellissier : www.jerpel.fr


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