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Le 24/06/2012, Square Jean XXIII - Paris / Concert

La Musique de l'Armée du Salut est un orchestre de cuivre qui joue des morceaux aussi bien profanes que spirituels que ce soit dans des édifices religieux ou sur les places, jardins.... Par sa musique, elle offre un témoignage de la joie de croire.
Le 24 juin 2012 à 15h00, ce brass-band offrira aux passants un concert gratuit dans le parc Jean XXIII
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Laurent Schlumberger est pasteur protestant et président de l'Église Réformée de France depuis 2010.
Dietrich Bonhoeffer a dit que « l’Eglise n’est Eglise que lorsqu’elle est là pour les autres ». Pourtant, nos Eglises ont tendance à l’oublier et à se replier sur elles surtout en ces temps d’incertitudes. Quelles pistes pourriez-vous nous donner pour avancer sur un chemin d’ouverture aux autres ?
Certaines Eglises, comme beaucoup de mouvements culturels, ont tendance à se raidir sur leur identité. C’est une réaction face à un monde difficilement lisible et en proie à la globalisation. Il ne faut cependant pas y voir une fatalité, ni le fait de tous. L’Eglise Réformée de France a connu des moments où elle s’est crispée sur son identité. Ce risque n’est jamais définitivement écarté. Cependant ce n’est pas la tentation majeure qui la guette aujourd’hui. Ce qu’elle doit inlassablement chercher, c’est de toujours mieux devenir « une Eglise de témoins ».
Il me semble que le temps des Eglises reconnues comme références sociales est terminé pour longtemps. Celles et ceux qui chercheraient à leur redonner cette place se tromperaient, à mon sens, de chemin. Nos contemporains cherchent plutôt des témoins. Des personnes qui osent clairement et délicatement partager ce qui les fait vivre. Ce n’est pas un langage normatif qui peut aider à cela. L’Eglise Réformée essaie d’user d’occasions, de moments pour témoigner de l’Evangile. Ainsi, elle a engagé une dynamique sur deux ans, intitulée « Ecoute ! Dieu nous parle... qui propose des pistes concrètes dans trois directions : la lecture biblique, la spiritualité et le témoignage. Cette dynamique se poursuivra au-delà de 2013, par une nouvelle étape à l’occasion des 500 ans de la Réforme.
Les Eglises ont souvent du mal à faire de la diaconie, de la prière et de l’annonce de l’Evangile un trio réussi. Comment les réconcilier ?
Pendant une assez longue période et jusqu’à récemment, on a eu tendance à séparer et même parfois à opposer ces trois dimensions dans l’Eglise Réformée de France. Pourtant, elles sont indissociables. Une Eglise ne peut se priver d’aucune d’elles ! Depuis quelques années, la tendance est à redécouvrir leur complémentarité et leur articulation et à vivre ainsi une Eglise « en 3D ». Je m’en réjouis car, par exemple, sans prière et sans un partage explicite de l’Evangile, la diaconie s’épuise. Ces trois dimensions donnent à l’Eglise son relief et sa profondeur. Il faut aussi avoir conscience que l’on n’annonce pas l’Evangile comme si les chrétiens étaient en surplomb de leurs contemporains, comme s’ils étaient propriétaires de ce message ; il s’agit de l’écouter, de le recevoir ensemble, croyants et non-croyants. Les apôtres eux-mêmes ont été nourris et évangélisés pendant qu’ils servaient (Evangile de Marc - chapitre 6, versets 30 à 44). Nos contemporains sont à la recherche d’une cohérence de vie, d’une unité, dans ce monde éclaté où nous nous épuisons rapidement. C’est sans doute une des raisons du succès du film « Des hommes et des Dieux » où l’on voit des hommes avancer dans ce chemin d’unité en assumant la fragilité de leur vie, de leurs choix.
L’Eglise Réformée de France a pour ambition de promouvoir une écoute partagée de la Parole de Dieu comme cœur de la vie de l’Eglise. Pouvez-vous nous en dire plus sur le sens profond de cette dynamique : « Ecoute, Dieu nous parle… ?
L’Eglise, selon le point de vue protestant, est d’abord fruit d’une écoute. Elle est une création de la Parole de Dieu. Cette écoute n’est pas réservée à quelques uns, à des chrétiens qui seraient des privilégiés ; elle prend son sens lorsqu’elle est partagée. Cette dynamique d’animation, qui rappelle cet essentiel, prend tout son sens au regard du processus d’union avec l’Eglise Luthérienne qui verra naitre, en 2013, l’Eglise Protestante Unie de France. Au delà des aspects juridiques de cette union, nous tâchons de retrouver le cœur de la vie de l’Eglise. C’est une invitation à relire la vie de l’Eglise, à la lumière de la Parole de Dieu pour mieux y entrer et l’écouter ensemble. Pour cela un petit guide de 39 fiches a été édité et un site internet a été mis en ligne. Il s’agit d’aider à ouvrir l’imagination, de donner envie, de surprendre… tout ce qui peut aider à ce que la Parole soit partagée, échangée…
Cette union entre ces deux Eglises part du principe que si l’on est d’accord sur l’essentiel, l’accessoire est facultatif. Cette union de l’Eglise Réformée de France et de l’Eglise Luthérienne est une école mutuelle d’hospitalité.
Quelle Parole de Dieu vous éveille chaque jour ?
Il y a des paroles qui pour moi sont fondatrices, sur lesquelles je reviens souvent. J’aime particulièrement le passage d’Elie à l’Horeb (premier livre des Rois Chapitre 19 versets 8 à 18). Elie s’est laissé prendre au jeu, piégé, d’être un « champion de Dieu ». Il tombe du haut de son idéal et veut mourir car, dit-il, il ne vaut pas mieux que ses pères. Il avait construit sa vie sur une sorte de compétition avec les autres prophètes, en s’imaginant être une figure héroïque. Cette course là tue, aujourd’hui comme hier ! Mais peu après avoir frôlé cette mort-là, dans ce « souffle tenu du silence » qu’il perçoit au sommet de l’Horeb, Elie fait l’expérience de la rencontre avec le Dieu vivant. C’est quasiment inaudible, impalpable, il s’agit de quelque chose en creux, mais c’est là que la rencontre a lieu.
Ce passage jette, à mes yeux, un éclairage sur toutes les formes de puissance après lesquelles nous courrons ou risquons de courir. C’est dans un souffle ténu que Dieu passe et non dans la force et la puissance qui écrasent tout. Cela me fait également penser à la première béatitude dite par Jésus, selon Matthieu : « Heureux les pauvres de cœur », heureux ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes et qui savent vivre vraiment de ce qu’ils reçoivent. J’y vois comme un appel à accueillir celui qui vient. Car c’est bien plus dans cette rencontre et ce que j’y reçois, et non en moi-même, que se découvre la vérité de mon existence.
Propos recueillis par Pierre-Baptiste Cordier