Femmes en danger : les réponses
de l'Armée du Salut
La vie difficile de femme, seule ou en famille,
est au cœur de l'action menée par l’Armée
du Salut. La voie était sans doute tracée par Catherine Booth, fille des fondateurs, qui fut la pionnière
du mouvement en France dans les années 1880.
Adolescentes en danger, femmes victimes
de violence, mères célibataires, femmes âgées
: de la naissance à leurs vieux jours, la Fondation
de l’Armée du Salut se mobilise pour venir
en aide aux femmes en grande difficulté. Elles sont de plus en plus nombreuses à se
présenter dans les centres d'accueil.
Souvent sans ressources, à bout
de forces, elles ont parfois connu la violence, la drogue, la prison
ou
la prostitution. Plus
réticentes que les hommes à demander de l'aide, elles connaissent des
situations de très grande exclusion.
En France, ces jeunes filles et ces
femmes peuvent être prises en charge par la Fondation
dans 36 de ses 49 établissements.
Les femmes seules
bénéficient d'un accueil spécifique
dans trois d'entre eux, le Palais
de la Femmesitué à Paris, la résidence
sociale de Thiais dans le Val de Marne et le Centre
d’hébergement
et de réinsertion les Glycines à Nîmes.
Les jeunes
mamans sont accueillies plus particulièrement à la Résidence maternelle les Lilas à
Paris et à Mulhouse, le Foyer
Marie-Pascale Péan (Haut-Rhin)
héberge exclusivement
des jeunes filles en situation
de rupture.
Sur Nîmes et sa région,
le Centre Les Glycines est le seul établissement
réservé aux femmes seules ou avec enfant.
Basé sur l’autonomie, son fonctionnement est
original. Les logements sont dispersés dans toute
la ville.
Le principe est celui de
l’appartement partagé : deux femmes vivent
sous le même toit, mais chacune possède la
clé de sa chambre. « Cette cohabitation
permet d’éviter l’isolement. Les deux
femmes s’entraident pour garder les enfants et se
réconfortent mutuellement, explique Bernard
Mathes, le directeur. À l’inverse, les
petits conflits du quotidien les obligent à respecter
des règles de vie. Enfin, la vie à deux étant
moins confortable qu’un logement à soi, les
femmes ne sont pas tentées de s’installer
trop longtemps. »
À force d’écoute, les professionnels
des Glycines les accompagnent progressivement dans leurs
démarches pour trouver logement et emploi. Cette
transition vers la liberté est un franc succès puisque la
plupart des femmes repartent des Glycines avec une solution.
La seule ombre au tableau est le manque de places: les
Glycines offrent des logements pour une dizaine de familles
pour 150 000 habitants sur la ville de Nîmes.
À Thiais, en région
parisienne, la résidence sociale est
la dernière étape pour les femmes avant un
nouveau départ dans la vie. Accueillies, seules ou
avec de jeunes enfants, elles sont à la fin de leur
parcours de réinsertion à la sortie de la résidence
sociale. Moins vulnérables qu’aux premiers temps,
elles vivent en semi autonomie dans l’un des 45 logements.
"Pour
elles, c’est un soulagement de pouvoir se sentir
chez soi, même si c’est temporaire ",relève
Mme Etienne, travailleur sociale.
Témoignages
:
Sophia : "j’ai
rencontré des gens, je me suis fait des amies"
“Je me suis mariée à 27
ans, sous la pression, il faut le dire, de ma famille. Pendant
12 ans, j’ai dû subir la violence d’un
mari tyrannique et coléreux.
Au début, j’étais “femme au foyer”,
entièrement dépendante de mon conjoint. Un
beau jour, j’ai voulu disposer de mon indépendance
financière et j’ai annoncé à mon
mari que je voulais travailler. Il est entré dans
une terrible colère et m’a mise à la
porte.
Seule, sans logement, totalement désemparée,
j’ai été admise dans un centre d’accueil
d’urgence. Un emploi à mi-temps comme femme
de ménage m’a permis d’intégrer
l’hôtel
social Albin Peyron. J’ai rencontré des gens,
je me suis fait des amies et j’ai fait beaucoup d’efforts
pour m’insérer.
Aujourd’hui je prends des cours d’anglais et,
avec l’aide de l’animatrice, j’ai pu obtenir
un logement. Je suis encore aidée, le temps pour moi
de m’adapter à mon quartier et à ma nouvelle
vie.”
Jeanne,
assistante sociale : "nous étudions
la meilleure façon pour elle de devenir autonome"
"Les femmes que nous accueillons
sont souvent découragées, elles ont perdu
toute estime d’elles-mêmes et notre premier
travail, avec toute l’équipe d’accueil
et d’encadrement, est de leur redonner confiance
en elles. Elles ne pourront en effet s’en sortir
que si elles ont une image positive de ce qu’elles
sont.
Ensuite, je dois établir une sorte de “diagnostic
social”. Certaines femmes sont dans un état
physique déplorable. Il faut les soigner, les remettre
sur pieds, puis examiner les aides auxquelles les plus
démunies d’entre elles ont droit et que, le
plus souvent, elles ignorent.
Lorsque nous estimons qu’une nouvelle étape
peut être franchie, nous étudions avec la
personne concernée la meilleure façon pour
elle de devenir autonome. Nous envisageons les possibilités
de stages de formation ou bien nous l’aidons dans
ses démarches pour retrouver un travail stable.
C’est une tâche de longue haleine, mais on
ne peut pas aider une personne détruite à se
reconstruire si l’on ne travaille pas dans la durée."