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CHARLES HALDIMANN,
une vie hors du commun

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Tel Paul sur le chemin de Damas, Charles Haldimann s’est trouvé un jour « illuminé par l’esprit de Dieu » lors d’une réunion organisée par l’Armée du Salut. L’enfant jusque-là turbulent n’avait que 16 ans. Une incroyable vie au service des autres s’ouvrait devant lui.

Nous habitions Mulhouse, on travaillait dans une grande culture maraîchère. Mes parents étaient très croyants, très dévoués aux autres, moi je restais assez loin de tout cela. Et puis il y a eu cette réunion où mon père m’a amené. Une révélation, oui, je peux employer ce mot. Devenir soldat de Dieu, cela a été une décision immédiate, comme une évidence… »

L’école de formation de l’Armée du Salut lui ouvre ses portes en 1931. Il arrive donc à Paris, muni de cette recommandation : « Mets autant d’ardeur dans la voie que tu as choisie que tu en avais pour faire pousser tes salades ! » Il ne l’oubliera pas. Charles Haldimann est aujourd’hui un monsieur de 97 ans, heureux de recevoir l’équipe du Magazine des donateurs. Élégant, prévenant, l’oeil bleu d’un vif étonnant, s’inquiétant de savoir si l’on ne manque de rien, ses souvenirs affluent, sans hésitation sur les dates ou les lieux. Défile alors une impressionnante série de missions qui vont conduire le futur Commandant à sillonner la France, l’Europe et l’Algérie.

« Je savais faire de la propagande », sourit-il à l’évocation de toutes ces villes où on le chargeait d’organiser des conférences pour trouver des fonds et mener à bien de nouvelles actions de solidarité. À Mulhouse, il crée « Le Bon foyer » au Havre, pendant la guerre (né en Suisse il n’est pas mobilisable) alors que la ville est écrasée sous les bombes, il maintient le service des soupes de nuit, quels que soient les risques.

« Dix militaires ne vous remplaceraient pas », reconnaît un officiel de la mairie, alors qu’il anime tout un groupe chargé de préparer des colis pour les soldats sans famille. Entre temps, il se marie avec Salomé et ils ont un fils, Jean-Daniel.

« Que sa volonté soit faite » Juin 42 le retrouve à Paris. L’Armée du Salut a été officiellement dissoute sur ordre des troupes d’occupation, mais elle poursuit son oeuvre. Servant là où on a besoin de lui, Charles Haldimann est pendant quelque temps cuisinier à la Cité du Refuge.

Puis c’est l’Ardèche, « avec 75 communes à visiter, j’en ai fait des kilomètres ! » Montpellier afin de rechercher la possibilité d’y ouvrir un centre, visitant aussi bien des familles qu’organisant des dîners avec des hommes d’affaires pour récolter de l’argent. Voilà Dunkerque où « avec la Fanfare, nous avons défilé et joué sur les marches de la mairie ! » Et c’est ensuite le grand saut de la Méditerranée, l’Algérie où il restera dix ans, « un temps grandiose de ma vie ».

Il multiplie les actions de solidarité, distribuant chocolat et lait en poudre, animant des émissions à la télévision algérienne, s’occupant de la salle de culte « pas grande mais belle, où nous retrouvions aussi bien des Algériens, des Kabyles que des Turcs… » Vient la guerre d’indépendance, puis les menaces extrémistes : « J’ai souvent été sur le fil du rasoir. » Il doit rentrer… Ce sera Lyon et son Centre d’Hébergement, et Paris à nouveau où il devient, alors qu’il est à la retraite, « l’aumônier des sans paroisse ». Un jour, une dame vient vers lui, reconnaissante : « Vous êtes un consolateur. »

« Non, Madame, lui répond Charles Haldimann, le consolateur, c’est le Christ, je ne suis que son serviteur. » En nous disant au revoir, le Commandant nous salue avec cette dernière pensée, en forme de bilan : « Dieu a été fidèle à sa promesse. J’ai essayé d’être fidèle à la mienne. »

Propos receuillis par Thomas Sertillanges
 
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