Témoignage

La nuit je ne dors plus : les blessures ouvertes de l’exil

Publie le : 1 février 2018
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Dans le monde, 66 millions de personnes sont forcées de quitter leur pays et leur famille à la recherche d’un avenir meilleur. Sur le chemin de l’exil, tous leurs droits humains sont piétinés. Hamid, 25 ans, a quitté l’Afghanistan pour fuir les talibans et trouver refuge au sein de la Fondation de l’Armée du Salut. Découvrez son témoignage émouvant. 

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« Je vivais dans le nord-est de l’Afghanistan, je suis l’aîné d’une fratrie de 4 frères et 2 sœurs. Dans ma ville, il n’y a pas de cinéma et aucun lieu de loisirs donc je jouais au cricket et m’amusais avec mes amis. Mon père avait des terres et il cultivait du blé et de l’orge et un cheptel avec des moutons et des chèvres. Nous vivions avec peu mais nous vivions heureux. Une vie paisible avec notre famille. 

Notre province est contrôlée par les talibans. Ils sévissent au quotidien en empêchant les enfants, d’aller à l’école, par exemple. Les instituteurs sont menacés de mort et plusieurs attentats ont lieu tous les mois. Les écoles existent et les livres scolaires sont rangés dans les salles de classe et les bibliothèques, mais personne ne veut s’y rendre, car tout le monde a peur de se faire tuer. 

Menacé de mort

Alors, au lieu d’aller à l’école, j’ai commencé, très jeune, à travailler avec mon père pour cultiver les terres et élever des moutons et des chèvres, alors que je rêvais de faire des études pour devenir médecin. 

Les menaces, les harcèlements et les répressions des talibans se sont faits de plus en plus insistants. Et un jour, j’ai été menacé de mort. En Afghanistan, il n’y a pas beaucoup d’opportunités d’emploi : soit nous devenons fonctionnaire, soit nous devenons talibans… 

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Un jour mes parents ont décidé que j’aurai un autre avenir. C’était en 2016, j’avais 18 ans. Pour m’extirper des griffes des talibans, ils m’ont dit de quitter le pays. C'était très difficile et dangereux de partir sans passeport, mais au bout d'une semaine, on a réussi. Mon père a vendu ses terres et rassemblé 6 000 euros pour payer les passeurs. J’ai pris un sac, de la nourriture et de l’eau et je me suis engagé sur le chemin de l’exil laissant derrière moi tous mes proches. 

A bord d’une voiture, j’ai traversé l’Afghanistan jusqu’à la frontière avec l’Iran. J’ai vécu plus de 10 jours dans les forêts enneigées iraniennes parfois sans manger plusieurs jours d’affilée. Puis, je suis arrivé en Turquie où j’ai passé 5 jours avant de rejoindre la Bulgarie. Pendant 22 jours, j’ai vécu dans un centre bulgare avant d’être arrêté par la police. Les forces de l’ordre bulgares ont pris mes empreintes de force et m’ont relâché au bout de 20 jours d’incarcération. J’ai quitté la Bulgarie pour me rendre en Serbie où pendant 10 mois j’ai appris l’anglais dans un campement des Nations unies, qui abritait 300 à 400 réfugiés. 

Je mendiais pour manger

Mon exil ne s’arrêtait pas en Serbie. J’ai continué jusqu’en Croatie, puis la Slovénie et l’Italie où je mendiais pour avoir un peu d’argent pour me nourrir. En Italie, il n’y pas de travail et les migrants sont chassés, j’ai donc décider de franchir les Alpes.

Le 26 septembre 2017, je suis arrivé en France. A Nice, j’ai acheté un billet de train pour me rendre à Paris. Arrivé à la gare de Lyon, je vivais dans les squats autour desu campements de Jaurès (10è arrondissement), j’étais sans argent, sans contact, sans vêtements. Je dormais à la rue et je mangeais les repas distribués par les maraudes des associations. Ensuite, j’ai été orienté vers le Ccentre d’accueil et d’orientation de la Chapelle qui a étudié mon cas et m’a dirigé vers la Résidence Albine Peyron de la Fondation de l’Armée du Salut, dans le 20è arrondissement.

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Mes cauchemars n'auront pas raison de mes rêves

En octobre 2017, je suis arrivée à la Résidence Albin Peyron. Aujourd’hui, les travailleurs sociaux m’accompagnent pour m’aider à obtenir un titre de séjour. Deux fois par semaine, je participe à des cours de français proposés par la Fondation de l’Armée du Salut.

Je me suis installé ici et j’ai une chambre que je partage avec un autre résident. Mais mes blessures de l’exil sont toujours ouvertes. Le matin, je ne me réveille pas et je ne prends pas de petit-déjeuner, car la nuit je n’arrive pas à dormir, mon passé ressurgit à chaque fois que je ferme les yeux. Mais ces cauchemars n’auront pas raison de mes espoirs de trouver un travail et de mes rêves de devenir médecin ».

Nom, prénom témoignage
Hamid
Détail sur la personne
Migrant, résidant à la Résidence Albin Peyron
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