Témoignage

Catarina : menacée au Venezuela, sauvée en France par l’Armée du Salut

Publie le : 10 août 2020
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Elle a demandé l’asile en France car sa vie est en danger au Venezuela. Menacée, intimidée, Catarina (1) s’est évadé de son pays. Elle est accueillie aujourd’hui par la Fondation de l’Armée du Salut à Mazamet, dans le Tarn, dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) pour se construire un nouvel avenir. Elle parle de ses cauchemars et de ses rêves.                     
 

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Venezuela, France, Armee du Salut, Refugie, Asile, Exil
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Redacteur
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Si nous manifestons, c’est soit la prison ou la mort

Je vivais avant au Venezuela avec ma grand-mère, qui ne travaille pas car elle est âgée de 80 ans. Elle est diabétique et souffre de l’hypertension. Je partageais mon quotidien avec une amie de 46 ans qui souffrait de vertiges, et qui a perdu l’usage de son oreille droit après un accident de travail. J’étais la seule à travailler et à m’occuper d’elles. 

Détérioration des conditions de vie, violations des droits de l'homme. Le Venezuela traverse depuis quelques années une crise économique orchestrée par un dictateur et un régime autoritaire. La tristesse était mon quotidien. La misère gangrène le pays. Un pays dévasté. Les demandes de changement que le peuple souhaite sont réprimées. Si nous manifestons, c’est soit la prison ou la mort. 

Car à l’époque, lorsque j’ai commencé à travailler je ne savais pas réellement en quoi allait consister mon emploi, j’avais à peine 20 ans. J’ai occupé un poste au sein de l’administration d’Etat, et j’ai réussi à gravir les échelons année après année, jusqu’au point de décrocher un poste de chargée de projets. Je n’avais pas d’enfant, et au Venezuela c’est un avantage sur le marché du travail. La plupart des gens de mon âge avait déjà deux ou trois enfants. Moi, j’étais disponible 24h/24h. J’ai commencé d’abord en horaires décalés : 14 heures à 2 heures du matin. Je me suis donc investie et j’ai gravi les échelons jusqu’à décrocher ce poste de secrétaire du ministère de l'Éducation universitaire, de la Science et de la Technologie, qui est un ministère du gouvernement du Venezuela. 

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En revanche, ce qu’ils ignoraient, c’est que je ne soutenais pas leur mouvement politique. Et j’ai commencé à rencontrer des difficultés lorsqu’on me donnait l’ordre de me rendre à des manifestations et des évènements politiques et que je refusais. La situation était gênante, autant pour eux que pour moi. Ils ne pouvaient pas me licencier, car je disposais d’informations confidentielles. Mais j’ai fini par démissionner. 

Le lendemain d’une manifestation à laquelle j’avais participé, mon ancien responsable m’a dit que j’avais commis un délit en m’y rendant et qu’ils pouvaient me poursuivre pour trahison, voire même me tuer. Ils craignaient le fait que j’avais eu accès à des données au sujet de transactions de l’État, en lien avec l’approvisionnement des restaurants universitaires. Je savais donc à quelle date et par quel biais ces restaurants universitaires allaient être approvisionnés. Pour toutes ces raisons, j’ai décidé de quitter mes fonctions et de fuir le Venezuela.

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J'ai été secourue par la Fondation de l'Armée du Salut à Mazamet

Je me suis d’abord rendue en Colombie. J’ai vécu quelques jours chez une tante. J’ai ensuite pris l’avion pour me rendre en Espagne. Je suis arrivée à Barcelone. J’ai survécu en Espagne avec mes économies. Je suis ensuite arrivée en France en octobre 2018 : à Toulouse. Une dame que j’avais rencontrée en Espagne m’a hébergée à Toulouse pendant quelques jours.

Un jour, je me suis rendue au Forum des Réfugiés à Toulouse. On m’orientée vers le Centre d'accueil vers la Résidence Foch dans la ville de Mazamet, dans le Tarn, qui est gérée par la Fondation de l’Armée du Salut. La Fondation gère également un centre d’accueil de demandeurs d'asile (CADA) dans la ville de Labruguière. C’est dans ce centre que j’habite actuellement. 

J’ai déposé une demande d’asile en décembre 2018. J’ai été convoquée par l’OFPRA (L’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides). 
 

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L’équipe du CADA de la Fondation de l’Armée du Salut m’aide dans mes démarches de recherches de logement et m’a inscrite à des ateliers d’apprentissage du français pour apprendre la langue. Chaque semaine, deux ateliers d’initiation à la langue française sont réalisés avec des bénévoles. 

(1) Pour des raisons de confidentialité, le prénom et photo associés à ce témoignage ont été modifiés

Le nombre de réfugiés et de migrants vénézuéliens atteint 4 millions : Au début du mois de novembre 2019, il y avait environ 4,6 millions de réfugiés et de migrants du Venezuela à travers le monde. (source L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

 

Propos recueillis en espagnol et traduits en français par Mayore LILA DAMJI

Nom, prénom témoignage
Catarina
Détail sur la personne
Réfugiée vénézuélienne