Témoignage

Dominique, chef cuisinier : de la rue au Hameau

Publie le : 9 janvier 2018
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Perte d’emploi, puis perte de logement. Dominique a vu sa vie basculer du jour au lendemain. Il sombre dans la précarité et se retrouve à la rue, à vivre dans sa voiture. Jusqu’au jour où il va gravir les marches du Hameau, un village de chalets de la Fondation de l’Armée du Salut qui accueille les personnes sans abri, à Marseille. Découvrez son témoignage empreint d’espoir. 

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Dominique a perdu son emploi puis son logement, quelques temps après un licenciement. Sa vie est tombée en panne et a même basculé. Sa voiture, dans laquelle il passait toutes ses nuits, été comme hiver, lui a servi d’abri pendant plusieurs années. La rue et la précarité l’engloutissent jusqu’au jour où il monte les marches du Hameau, des chalets en bois construits par la Fondation de l’Armée du Salut, à Marseille, pour accueillir les personnes vivant à la rue. 

« Mon patron nous payait une fois par an des voyages : je suis allé au Brésil, au Canada et aux Etats-Unis. J’étais cuisinier dans un restaurant à Marseille. Dans les années 1980, j’ai fait une formation diplômante dans une école d’hôtellerie. J’aimais bien préparer le bœuf bourguignon et des pommes vapeurs aux clients et j’aidais un sans-abri qui dormait devant le restaurant. Pendant plusieurs années, j’ai travaillé dans différents restaurants et profité d’une situation professionnelle stable pour découvrir des pays de l’Afrique de l’Ouest. 

Puis un jour, le restaurant où je travaillais à l’époque a changé de propriétaire. Je me suis fait licencier. C’était en 2008, j’avais 54 ans. Je suis resté un an au chômage, mais je continuais à chercher un travail et j’enchaînais des emplois intérimaires comme serveur, chef dans les petits restaurants marseillais mais, avec l’âge, c’était difficile de retrouver un emploi stable. 

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Au Hameau : j'ai retrouvé un toit, remis le tablier et repris du service

Puis un jour, je n’ai plus eu de travail. J’ai perdu mon logement car je n’arrivais plus à payer le loyer. C’est le moment où l’on voit que tout ce qu’on a bâti s’écroule ! A la rue, je dormais dans ma voiture. Je mangeais grâce aux colis alimentaires distribués par les associations. Mes affaires, j’allais les déposer dans les consignes de la gare Saint-Charles. Pour me laver et me raser, j’allais dans un accueil de jour de Marseille, où je recevais aussi mon courrier.

A Marseille, je ne connaissais pas beaucoup de personnes pour m’aider ou m’héberger. Je suis né en Moselle, où j’ai été pendant 11 ans adjudant-chef, à côté de Metz, avant de devenir maçon pendant quelques années avec mon frère. Quand j’étais sans domicile, ma seule angoisse était que ma famille soit au courant de ma situation. J’ai divorcé mais j’ai gardé contact avec mes deux filles, qui vivent au Canada aujourd’hui. Elles ignorent tout de mon parcours à la rue.

Elles ignorent, qu’été comme hiver, j’ai dormi dans la voiture. Vivre dans sa voiture demande de l’organisation : pour dormir, par exemple, je sortais de la ville pour aller sur des parkings et je changeais de lieu pour éviter de me faire repérer. J’avais mis des sous de côté pour payer l’essence.

Je vais passer mes vieux jours tranquillement 

Pendant deux ans, j’ai vécu comme un sans-abri, avant qu’un autre sans-abri ne me dise d’aller au Hameau, en 2010. Le Hameau est un village de chalets en bois pour les sans-domicile construit par l'Armée du salut à Marseille. Il a ouvert en août 2009. J’y ai trouvé un toit, remis le tablier et repris du service. Je cuisine ce que la Banque alimentaire nous envoie comme viande ou légumes, je siége aussi au conseil du village du Hameau. Les travailleurs sociaux m’ont aidé pour faire des démarches pour obtenir le RSA, ouvrir mes droits à la CMU. 

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Aujourd’hui, à 63 ans, et après avoir passé 7 ans au Hameau, je m’apprête à tourner la page. Le nouveau chapitre de ma vie s’ouvre car j’ai trouvé une place en pension de famille avec l’Armée du Salut. Une solution de long terme où je vais pouvoir passer mes vieux jours tranquillement, toujours à Marseille. Un studio meublé avec balcon. 

Malgré mon départ du Hameau, je continuerai à venir rendre visite à mes amis et participer à la distribution des colis alimentaires. » 
 

Nom, prénom témoignage
Dominique
Détail sur la personne
Ancien résident du Hameau à Marseille