Témoignage

Jamil : employé par les Nations unies en Afghanistan, hier. Aujourd’hui, médiateur à l’Armée du Salut

Publié le : 25 mai 2021
Texte présentation

Jamil, 39 ans. Aujourd’hui, il est salarié à la Halte humanitaire de la Fondation de l’Armée du Salut, à Paris. S’il a quitté son Afghanistan natale en 2019 pour venir vivre en France, c’est la peur au ventre. Peur d’être forcé à rejoindre le camp des talibans. Peur de perdre la vie. Découvrez son témoignage. 

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Jamil : employé par les Nations unies en Afghanistan, hier. Aujourd’hui, médiateur à l’Armée du Salut
Nom, prénom témoignage
Jamil
Détail sur la personne
Médiateur à la Halte humanitaire de l'Armée du Salut à Paris
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Redacteur
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« Fin décembre 2018, c’était la menace de trop. Je vivais en famille, avec ma femme et mes deux enfants, à Nangarhar, une province montagneuse de l'Est de l'Afghanistan. Après trois ans d’études en administration des affaires, j’ai décroché le poste de responsable de projet au sein de l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. A 29 ans, je suis devenu responsable de projet de ma province dans le cadre du programme de promotion de l’alphabétisme en Afghanistan (Enhance Litteracy in Afghanistan, ELA). Entre 2011 et 2018, mon équipe et moi nous avons animé des ateliers de lecture, d’alphabétisation auprès d’adultes pour qu’ils deviennent autonomes dans la vie courante et puissent sortir de la pauvreté. 

J’étais devenu la cible idéale

L’Afghanistan est ravagée par des conflits armés interminables depuis 1970. La population survit. Souffre beaucoup. Les explosions devant les bâtiments officiels, les enlèvements, les assauts des bus scolaires et des marchés sont notre quotidien.

En tant qu’Afghan qui travaille avec les Nations unies, l’Unesco ou l’Unicef, j’étais devenu la cible idéale pour les talibans. Ils voulaient que je leur dévoile des informations sur les projets des Nations unies en Afghanistan. Ils m’incitaient à voler des équipements de l’ONU pour leur compte. Je n’ai satisfait aucune de leur demande.

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En France, j'ai suivi sérieusement des cours de français

C’est à partir de ce moment que ma vie est devenue un cauchemar. Fin décembre 2018, j’ai reçu une menace de mort. Jour comme nuit, la terreur et la peur ont gangréné ma vie pendant plusieurs mois. Face aux intimidations, aux pressions et après avoir traversé des grands moments de doute, j’ai décidé en janvier 2019, de rejoindre mes deux frères qui vivent en France depuis plusieurs années. 

En février 2019, je posais mes valises en France, après un bref passage à Francfort (Allemagne). Dans les jours qui ont suivi mon arrivée, j’ai recherché activement des cours de français en Ile-de-France. Pendant plusieurs mois, j’ai assisté dans différentes associations à des cours et formations avant que le confinement et la Covid interrompent brutalement ma formation. Mais aujourd’hui, je sais écrire en français et je peux accomplir mes propres démarches administratives. 

Alors que ma demande d’asile a été déposée à la préfecture de Paris, j’ai rencontré des membres de l’association Each One. Une association qui accompagne les personnes réfugiées dans la reprise de leur parcours professionnel. Apprendre le français ; perfectionner mon anglais ; découvrir la culture française ; analyser le marché de l’emploi, j’avais placé tous mes espoirs dans cette formation. Un étudiant d’une grande école de commerce, Essec, m’a accompagné pendant 3 mois, de fin novembre 2020 à février 2021. 

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Entre l'Afghanistan et la France, mes rêves ne se sont pas envolés

Aujourd’hui, j’ai trouvé un emploi : je travaille en tant que médiateur à l’Armée du Salut, à la Halte humanitaire, à Paris. Le métier de médiateur consiste à faire le lien entre les réfugiés, notamment afghans, et les différentes structures qui peuvent les aider. Tous les jours, depuis février 2021, je traduis les documents administratifs et médicaux des hommes isolés qui viennent à la Halte et je les accompagne à leurs rendez-vous administratifs. Ils ont tous un point commun : ils n’ont pas de logement. L’autre point commun : ils viennent en France pour avoir un avenir. 

Mon avenir et celui de ma famille, je veux le construire en France. Je veux la faire venir ici. Un jour, je vais créer ma propre entreprise en France. Mes rêves ne se sont pas envolés dans les nuages lors de mon voyage entre l’Afghanistan et la France. 

Propos recueillis par Mayore LILA DAMJI