Témoignage

« J’étais cet homme invisible parmi les ombres de la rue », Michel, ancien SDF

Publie le : 2 octobre 2018
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Aujourd’hui, Michel, 50 ans, est résident et bénévole dans un centre d’hébergement de l’Armée du Salut à Marseille. Mais il y a un avant. Un passé de sans-abri : avec un sac à dos et un duvet sous le bras. Il a été contraint de dormir dans la rue pendant un an et raconte sa descente aux enfers et la violence de la rue.

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« J’étais cet homme invisible parmi les ombres de la rue », Michel, ancien SDF
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Tout avait bien commencé : j’habitais avant en Corse. J’avais une vie ordinaire. Je n’ai pas fait d’études donc assez tôt j’ai enchaîné les boulots précaires : ouvrier en bâtiment, saisonnier pendant les vendanges, dans les champs de clémentines, de melon. J’arrivais tant bien que mal à avoir des contrats de travail de 6 à 12 mois, j’avais des revenus réguliers. Loin de ma famille, j’étais hébergé par une dame, j’entretenais son jardin et faisais des travaux dans sa maison et elle me laissait dormir dans une des chambres du pavillon. 

Avec des amis, après une journée de travail, je buvais un verre de vin. Et d’un verre par semaine dans un bistrot, je me suis mis à boire à une bouteille entière dans la journée seul dans ma chambre… D’abord ma voiture, puis mon logement, ensuite mes amis et enfin mon travail, l’alcool m’a tout fait perdre. L’alcool a causé ma perte !

J’ai quitté la Corse en 2015. En arrivant sur le continent, j’ai pris le train pour aller à Marseille. Dès le premier soir, j’ai dû dormir à la rue. J’ai commencé à chercher de l’aide auprès des associations pour avoir un toit. Un foyer d’urgence m’a accueilli pendant 9 jours mais après je devais libérer la place. Et les autres centres d’accueil n’avaient plus de places de libre. Je commence à dormir à même le sol dans les quartiers dont j’ai longtemps arpenté les trottoirs. Les échecs pavaient le chemin de l’espoir. 

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Infections, doigts noircis, dents abîmées et dépression

J’étais cet homme invisible parmi les ombres de la rue. Quand on est à la rue, ce qu’on redoute le plus c’est la pluie et le froid. En hiver, j’allais avec mon duvet dormir dans les parkings de supermarché qui étaient chauffés.

Pour me laver, quand les fontaines publiques fonctionnaient je pouvais faire ma toilette dans les parcs sinon j’allais me laver dans la mer. Les infections commencent à brûler le corps de l’intérieur, les pieds et les doigts noircissent, les dents s’abîment, la dépression s’impose. Moralement, je commençais à baisser les bras. L’alcool m’aidait à ne pas sombrer.

J’avais un sac à dos dans lequel je rangeais mes affaires. D’un être humain, je suis devenu un tas de vêtements que tout le monde ignore. Ce qu’on appelle un SDF. Et j’étais exposé à la violence : agressions physiques, menaces de mort, tentatives de vol… Mon corps ressentait le besoin de dormir mais fermer les yeux m’exposait à devenir une proie… J’avais perdu mon humanité.

Je ne savais pas que j’allais devenir sans domicile fixe un jour ! Après plusieurs semaines sans dormir, j’ai tenté de repérer des endroits « sûrs » pour aller dormir. Un chantier de bureau ou d’appartements, par exemple :  j’y dormais dans une tente donnée par une association à Marseille. Le matin, je partais avant l’arrivée des ouvriers.

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Grâce à l’Armée du Salut, je dors à l'abri sans sentir le froid

La forêt. A l’écart de la ville où personne ne risque de venir voler mes affaires ou me frapper, je dormais sous les arbres dans un sac de couchage. Pour manger ? C’était compliqué. Des religieuses me donnaient à manger. Des soirs, je mangeais les restes d’une pizzeria.  Des jours, je faisais la manche. J’avais compris qu’il faut mendier dans la rue pour rester vivant.

Mais un jour, je me suis rendu compte que plus que la rue c’est l’alcool qui allait me tuer.

J’ai décidé donc d’aller voir une assistante sociale à la mairie. Elle m’a aidé à trouver une place dans un service d’addictologie d’un hôpital où j’ai pu suivre une cure de désintoxication. Pendant mon hospitalisation, l’assistante sociale qui me suivait a trouvé une place dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) à Marseille : la Résidence William Booth de l’Armée du Salut.

Un jour, j’apprends que j’ai obtenu de l’hôpital une « permission » pour visiter ma chambre au CHRS et j’ai accepté d’y vivre. J’ai posé mes affaires dans ma chambre en novembre 2016. C’était un beau cadeau pour moi ! Grâce à l’Armée du Salut, j’ai une chambre où je peux dormir en sécurité sans sentir le froid. Je peux me doucher avec de l’eau chaude. Je peux manger sans faim. Grâce à l’Armée du Salut, je revis !

Aujourd’hui ma situation s’est stabilisée, j’ai arrêté de boire et j’ai un toit. En attendant de retrouver un emploi, je suis agent d’accueil bénévole, je veux mettre mon énergie au service des autres.  

Nom, prénom témoignage
Michel
Détail sur la personne
Résident du CHRS Résidence William Booth