La vie en exil : « Aujourd’hui, j’aide des personnes contraintes à l’exode. Comme moi »

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Ils sont 79,5 millions à être contraints à l’exode. A fuir la guerre, les persécutions ou les conflits. Ce jeune homme dont vous allez découvrir le témoignage fait partie de ces 1% de cette humanité déplacée. Il a vécu deux vies : une première dans une des régions montagneuses d’Afghanistan, une deuxième, en France à partir de l’hiver 2018.  

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Nom, prénom témoignage
Sunnatullah
Détail sur la personne
Salarié à la Halte humanitaire de la Fondation de l'Armée du Salut
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Redacteur
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« What are you doing ? ». Vous faites quoi dans la vie ? Me demande une dame que j’ai rencontré dans une épicerie sociale de la région parisienne.  « Rien pour le moment », lui ai-je répondu. Elle m’a proposé alors de faire du bénévolat à l’épicerie sociale et de suivre des cours de français, pendant un an. Je me suis fait des amis, j’étais assidu aux cours de français et j’avais trouvé une chambre dans le centre pour demandeur d’asile de la Fondation de l’Armée du Salut dans l’Essonne, le Centre d'Accueil pour Demandeurs d'Asile, le CADA Oasis, à Ris-Orangis. En l’espace de quelques mois ma vie avait changé.

Partir pour une vie meilleure 

En poussant la porte du Cada Oasis j’ai ouvert un nouveau chapitre de ma vie. Une vie avec la Fondation de l’Armée du Salut. Je suis embauché aujourd’hui par Travail et Partage (une association dépendant de la Fondation de l’Armée du Salut et qui accompagne vers l’emploi). J’ai commencé à travailler, en 2019, à Paris aux côtés des migrants et des personnes sans-abris. 

Ces migrants et moi avons une histoire identique. Nous avons été contraints à l’exode. J’ai quitté l’Afghanistan en 2017. Pour mon père, ma mère, mes sœurs et mes frères, l’agriculture était le seul moyen d’avoir une source de revenus pour ma famille. Je ne suis jamais allé à l’école, depuis tout petit, j’ai toujours aidé mes parents dans les champs qu’ils cultivaient. Mon histoire a pour toile de fond les horreurs de la guerre, les pressions des talibans, la pauvreté. Nous vivions dans le sud-ouest de l’Afghanistan, à la frontière avec l’Iran, une région très pauvre du pays. A l’âge de 20 ans, mes parents ont décidé de m’éloigner de l’Afghanistan pour avoir une vie et un avenir meilleurs. Si je restais en Afghanistan, les talibans m’auraient soit enrôlé dans leur armée ou soit tué. 

 

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A Paris, j'ai dormi à la rue

Malgré la présence des gardes-frontières iraniens, j’ai réussi à entrer en Iran. J’ai travaillé dans le bâtiment presque un an. Les journées de travail étaient longues : de 5 heures du matin jusqu’à 19 heures. Je dormais sur le chantier et je gagnais 70 rial iranien par jour (moins d’un euro). Nous n’avions pas le droit de sortir pour aller en ville. Des ouvriers étaient autorisés à sortir pour nous chercher à manger. J’ai ensuite traversé en voiture tout l’Iran avec un groupe de jeunes pour me rendre à la frontière turco-iranienne où une connaissance m’a fait entrer en Turquie. Dans ce deuxième pays de passage, j’ai travaillé sur des chantiers de construction de bâtiments pour pouvoir vivre. Ensuite la Grèce, la Bulgarie peut-être, je ne sais pas, n’étant jamais à l’école, ce sont des pays dont j’ignorais le nom. Quand je suis arrivé en Belgique, une personne m’a conduit à Paris. Où j’ai été abandonné dans la rue. 

Vers la fin de l’année 2018, j’ai dormi à la rue pendant deux mois. C’était difficile. Les associations comme la Fondation de l’Armée du Salut venaient aider les personnes sans-abris. Le site où je dormais avec d’autres personnes migrantes a été évacué par la police. J’ai été orienté dans un centre d’hébergement en Ile-de-France qui est géré par la Fondation de l’Armée du Salut où j’ai fait ma demande d’asile et je l’ai obtenu en 2019, j’ai suivi des cours de français pour m’intégrer. 

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Un travail, un toit

Très rapidement, je me suis engagé comme bénévole et j’ai activement participé à la distribution des petits-déjeuners à la Chapelle, à partir de janvier 2019 (NDLR : aujourd’hui ces distributions ont lieu à la porte d’Aubervilliers). Au printemps 2019, la Halte humanitaire de la Fondation de l’Armée du Salut a ouvert (NDLR : entre Paris et la ville de Seine-Saint-Denis) où j’ai été bénévole pour accompagner les migrants. Dans cette Halte humanitaire, ouverte tous les jours, les migrants peuvent bénéficier de cours de français, d’une aide juridique et de soins infirmiers. En juin 2019, je me suis vu proposer un contrat de travail : trois fois par semaine, comme agent de logistique à la Halte humanitaire pour gérer les files d’attente pour les douches, pour distribuer les kits d’hygiène aux personnes sans-abris.

Aujourd’hui, à la Halte humanitaire, j’aide des personnes contraintes à l'exode. Comme moi. 

Aujourd’hui, moi, Sannatullah, 23 ans, j’ai un travail et je vis dans un foyer de jeunes travailleurs. »

Propos recueillis par Mayore LILA DAMJI