Un toit et un accompagnement pour tous, en toutes saisons

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A l'approche de la fin de la trêve hivernale, plusieurs des 220 personnes (dont plus de 70 enfants) hébergées et accompagnées par la Fondation de l'Armée du Salut à Bondy, près de Paris, témoignent de leur parcours d'exil et de rue, de leur vie quotidienne désormais en sécurité et soutenue, et de leurs projets pour l'avenir.

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« Il y a des activités pour les enfants, l’équipe est respectueuse et à l’écoute »

Je m’appelle Ahmed. J’ai 25 ans. Ma femme s’appelle Karidjia et a 27 ans. Nous sommes ivoiriens. Nous avons un fils, Ismaël, âgé de 3 ans, né ici, en France. Ma femme et moi nous sommes rencontrés à Séguéla, dans le Nord-Ouest de la Côté d’Ivoire. Après quelques péripéties et problèmes avec ma famille, nous avons décidé de quitter Séguéla pour venir en France. Nous avons traversé la Méditerranée et sommes passés, entre autres, par le Mali, le Maroc, l’Espagne… puis nous sommes arrivés en France en mars 2020. Après avoir contacté le 115, nous avons été accueillis directement, au centre d’hébergement, à Bondy. Karidjia et moi sommes en situation irrégulière. Pour ma part, je travaille au noir. Je touche un peu à tout : le bâtiment, la plonge… et ma femme est femme de ménage. L’Armée du Salut nous aide chaque jour. Il y a maintenant des activités pour les enfants. Ils peuvent faire leurs devoirs. Il n’y a pas de distinction. Cela nous soulage beaucoup et nous permet d’avoir un peu de liberté. Nous avons sollicité l’accueil et les assistantes sociales pour nous accompagner dans nos démarches de régularisation ou pour obtenir l’AME. Tout s’est bien passé. Les équipes sont respectueuses et à l’écoute. Elles ont aussi proposé une aide psychologique à ma femme pour qu’elle puisse raconter son parcours, se confier et se libérer de son passé.

« J’aimerais suivre une formation de conducteur d’engins de chantier »

Je m’appelle Dossy. Je suis d’origine ivoirienne. J’ai 33 ans. Ma femme, Joy, est nigérienne. Elle a 41 ans. Nous nous sommes rencontrés en Côte d’Ivoire. Nous avons deux enfants. Ils vivent là-bas, avec ma mère. Lorsque je vivais en Côte d’Ivoire, je faisais de la menuiserie. Je coupais du bois à l’aide de machines. Je touchais un peu à tout. Notre vie en Côte d’Ivoire était compliquée. C’est pourquoi ma femme et moi avons fait le choix de quitter notre pays. Nos familles nous y ont aidé. Nous sommes arrivés en France en 2016, il y a un peu plus de 7 ans. La vie n’était pas du tout facile, au départ. De 2016 à 2020, nous vivions dans un squat, avec un ami. Un jour, la police nous a expulsés et nous a conseillé d’appeler le 115. En attendant de pouvoir être logés, nous avons vécu une semaine à la rue puis nous sommes arrivés ici, au centre d’hébergement d’urgence, à Bondy. L’accueil ici se passe bien. Les équipes de la Fondation de l’Armée du Salut nous écoutent et nous aident lorsque nous les sollicitons pour nos démarches administratives, par exemple. Elles répondent toujours présentes. Depuis 2018, je travaille en tant qu’agent de sécurité pour une société. Chaque jour, lorsque je me rends au travail, je rencontre des personnes à la rue et cela me rappelle ma situation passée. Aujourd’hui, pour moi, ça va. Je me sens chanceux. Dès que j’aurai obtenu mes papiers, j’aimerais suivre une formation de conducteur d’engins de chantier et avoir ma propre maison. Je pourrai laisser ma place à une personne en difficulté et aider à mon tour.

« Mes projets ? Une formation, agent de sécurité ou aide à domicile, stabiliser ma situation et faire connaître ma famille à mon fils »

Je m’appelle Natalia. J’ai 37 ans. Je viens d’Angola où j’ai fait des études en restauration. Lorsque j’étais au pays, j’étais amoureuse d’une femme et son père refusait que l’on soit ensemble. Il était colonel et me recherchait. Je suis arrivée en France en 2019. Au départ, je vivais chez une dame angolaise, à Rouen. J’ai rencontré un homme et je suis tombée enceinte. Le père de l’enfant m’a quitté. La femme qui m’accueillait m’a demandé de partir. Je suis allée à Noisy-le-Grand, où un homme d’origine angolaise m’a hébergé. Il m’a donné le contact d’une assistante sociale de la ville qui m’a orienté vers le centre d’hébergement de la Fondation de l’Armée du Salut, à Bondy. Je vis dans ce centre depuis août 2022 et je me sens mieux. Chacun a sa chambre. Il n’y a pas de problème. On est tranquilles ici. S’il y a un souci avec l’AME, des papiers ou diverses démarches, les assistantes sociales nous aident. J’ai pu suivre une formation d’agent de sécurité SSIAP 1. J’aimerais suivre une formation SSIAP 2 ou d’aide à domicile, par la suite. J’attends d’être régularisée pour pouvoir travailler et faire découvrir mon pays à mon enfant. J’aimerais qu’il puisse rencontrer ma famille.

« Nous avons choisi le risque et l’exil pour vivre notre amour librement »

Je m’appelle Fatoumata. J’ai 36 ans. Je viens de la Côte d’Ivoire où j’étais commerçante. Je suis musulmane et mon mari, Dogbo Jean, âgé de 36 ans, est chrétien. Pour des questions religieuses, nos familles se sont opposées à notre union. Nous avons traversé la Méditerranée en passant par la Tunisie, puis l’Italie, pour venir en France et vivre notre amour librement. Nous sommes arrivés au mois de juin 2023. Ce n’était pas facile. Nous faisions la manche pour pouvoir acheter de la nourriture. Nous dormions dehors, dans un parc, à Montreuil. Nous dormions dans des haltes de nuit puis à l’hôpital jusqu’à mon accouchement. Une semaine après mon accouchement, il y a quatre mois, et après des mois très difficiles, le centre d’hébergement de la Fondation de l’Armée du Salut, à Bondy, nous a accueillis et nous sommes aujourd’hui à l’abri, en sécurité. Les équipes nous aident pour nos démarches administratives et nous orientent vers des dispositifs d’aide alimentaire et financières adaptés.