Viktoriia : réfugiée ukrainienne, parcours d’une vie d’exil

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A 35 ans, Viktoriia a vu la guerre de près, en Ukraine. Exilée en France, elle est devenue salariée de la Fondation de l’Armée du Salut. Aujourd’hui, elle enseigne le français aux réfugiés ukrainiens accompagnés par l’Armée du Salut au Havre.  

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Viktoriia : réfugiée ukrainienne, parcours d’une vie d’exil
Nom, prénom témoignage
Viktoriia
Détail sur la personne
Réfugiée ukrainienne
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« J’ai 35 ans. La dernière ville ukrainienne où j’ai habité c’était Kiev. J’étais professeure de français, je travaillais à l’Institut français de Kiev. J'avais une vie ordinaire : un travail, des loisirs, des sorties en familles et entre amis. Je vivais une vie tranquille. Mais la situation a commencé à être plus tendue à l’approche de la guerre. Dans tous les médias nationaux et du monde, on parlait de la politique ukrainienne, de la situation géopolitique de l'Ukraine et de l’éventualité d'une guerre.

Le 1er mars 2022, une semaine après le début du conflit, j'ai décidé de quitter l'Ukraine. 

Stress et bombardements 

J’y avais déjà pensé avant le 1er mars, mais ce jour-là l’armée russe a attaqué le centre-ville de Kharkiv, j’ai vu des vidéo montrant des voitures calcinées, des gens morts gisant sur le sol, le centre-ville bombardé. Cela m’a bouleversée et à ce moment-là j’ai compris qu’ils étaient capables de tout et qu’ils attaqueront des civils (à l’époque ils - les dirigeants russes -  disaient que leur « opération militaire spéciale » ne cibleraient que les infrastructures militaires ukrainiennes). De plus, je n’arrivais pas à dormir et à manger normalement à cause du stress et des bombardements qui continuaient la nuit.

J'ai pris la direction de la Hongrie pour quitter l'Ukraine.

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48 heures pour quitter l'Ukraine

Mon voyage entre Kiev à Lviv (est une ville de l'ouest de l'Ukraine) a duré une nuit. J’ai pris le train du soir et le lendemain matin je suis arrivée à la gare de Lviv, quelques heures plus tard j’ai pris le bus de la gare routière de Lviv jusqu’à Budapest, la capitale de la Hongrie. J’avais acheté le billet avant. De Lviv à Budapest, le trajet a duré 2 jours.

Il y avait 45 bus devant nous quand nous sommes arrivés à la frontière entre l’Ukraine et la Hongrie.

Je commençais à être fatiguée, le confort, le sommeil normal me manquaient. Heureusement, il y avait des bénévoles des associations qui distribuaient des plats et des boissons chauds : cela nous a aidés dans notre attente.

J’ai choisi de venir en France parce que je parle français et j’ai des amis qui m’ont aidée à trouver un hébergement. 

Le 8 mars 2022, je suis arrivée à Marseille. Puis, je suis tout de suite partie à Aix-en-Provence où j'ai passé deux jours. Après, je me suis dirigée vers Nantes et ensuite dans la région au nord de Nantes.

Fin septembre 2022, je suis arrivée au Havre, j'ai appris que l'Armée du Salut cherchait un professeur de français pour les Ukrainiens. J'ai postulé et j'ai commencé à travailler pour l'Armée du Salut dès octobre 2022. Et les cours de français langue étrangère (FLE) ont commencé le 5 décembre.

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C'est très important pour moi de donner des cours de français, car je veux absolument aider mes compatriotes qui vivent une situation difficile. Une situation dans laquelle nous nous sommes tous retrouvés. Les aider avec les moyens que j'ai, c'est-à-dire en faisant mon travail ici en France, est ma manière à moi de résister au chaos que la guerre a provoqué dans nos vies. 

La vie est absolument imprévisible
et tous nos projets peuvent être détruits en quelques secondes

Parfois, avant ou après les cours, nous échangeons avec les réfugié-e-s ukrainien-ne-s. Ils et elles partagent les difficultés qu'elles/ils peuvent rencontrer lors de leurs démarches administratives, des difficultés liées à l'adaptation de la vie en France et des problèmes de communication. Mais ils/elles voient aussi les points positifs qu'on peut trouver dans la vie en France comme les endroits pittoresques à visiter, les expositions à voir, le patrimoine culturel français très riche, les avantages du monde professionnel français.

Aujourd'hui, nous vivons en France mais nous avons des membres de notre famille qui sont restés en Ukraine. 

Ma mère vit à Donetsk, ma tante habite dans la région de Kherson, mes cousines sont à Odessa. 

Est-ce que je veux retourner en Ukraine ? A vrai dire, c’est très difficile pour moi de faire des projets, j’ai arrêté de les faire après le début de la guerre, maintenant je vis au jour le jour. J’ai compris que la vie est absolument imprévisible et tous nos projets peuvent être détruits en quelques secondes.

Propos recueillis par Mayore LILA DAMJI