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14 DECEMBRE 2001 : POUR VENIR EN AIDE AUX FEMMES EN SITUATION DIFFICILE,
LA PENICHE LOUISE-CATHERINE VA CONNAITRE
UNE NOUVELLE JEUNESSE

Un problème important de notre société, c'est l'exclusion des femmes.
Leur émancipation s'accompagne malheureusement d'une multiplication de cas de détresse souvent très graves. Battues, abusées, exploitées… elles n'ont jamais été aussi nombreuses à rompre leurs attaches sociales.
C'est pour contribuer à résoudre cette difficulté sociale majeure que la Fondation Armée du Salut lance la réhabilitation de la péniche Louise-Catherine , amarrée à Paris, quai d'Austerlitz, à la hauteur du pont.

Madame Elisabeth Guigou, Ministre de l'Emploi et de la Solidarité a rencontré le lundi 10 décembre, de 9h30 à 11h, le Colonel Glen Shepherd, président de la Fondation Armée du Salut, afin de prendre connaissance en détails de ce projet.

Profondément blessées dans leur dignité, ces femmes connaissent pour la plupart le désespoir de la très grande exclusion. Leur dégradation physique et morale est particulièrement rapide. Elles doivent pouvoir retrouver un peu de sécurité, de dignité, une écoute, des soins… Afin de répondre à leur détresse, la Fondation Armée du Salut accueille dans ses centres d'hébergement de plus en plus de femmes, souvent sans qualification ou à bout de forces et ayant besoin de se " reconstruire " physiquement, émotionnellement et professionnellement.
L'accueil d'urgence offre aussi chaque fois que possible les conditions d'une reconstruction humaine et sociale.

42 cabines personnelles, des espaces de santé, de dialogue… pour secourir, accompagner , reconstruire.
Fidèle à sa vocation de lutte contre l'errance, la Fondation Armée du Salut a choisi d'accueillir sur la Péniche, aménagée en Centre d'Accueil d'Urgence, toute femme qui en exprime la demande, sans plus de formalités administratives immédiates.
Conçue pour jouer un rôle de tremplin vers des solutions de réinsertion, la péniche restera ouverte toute l'année, y compris en période de crues hivernales.
Chaque cabine sera équipée d'un lavabo, d'une douche, de toilettes, d'un placard et dotées d'un hublot. Ces lieux de vie permettront à leur occupante de retrouver un début d'intimité. La péniche sera divisée en espaces : accueil, attente, santé, dialogue. Elle va disposer aussi d'une salle à manger de 40 places, d'une laverie, d'une consigne pour bagages…
Animée par un directeur et deux travailleurs sociaux, la péniche comptera en tout dix salariés.
Les médecins à bord seront soit des bénévoles, soit mis à disposition par la DDASS.
Première étape du processus de réinsertion créé par la Fondation, la péniche sera un Centre d'Accueil figurant dans le schéma départemental de l'hébergement sur Paris et collaborera avec d'autres associations et en particulier avec l'Espace Solidarité insertion St-Martin (installé dans l'ancienne station de métro ), inauguré en octobre dernier.
42 places, cela peut sembler peu au regard des besoins, mais c'est primordial pour toutes celles qui pourront en bénéficier.

Au travers de 36 centres , la Fondation Armée du Salut a accueilli en 2001 quelque 4000 femmes en situation d'exclusion ( adolescentes en danger, femmes battues, mères célibataires et personnes âgées ).
Cette prise en charge nécessite une constante amélioration des structures pour accueillir plus de résidentes, dans de meilleures conditions, et favoriser ainsi leur réinsertion.

Le financement
Le coût des travaux est de 11 MF ( Cabinet KLEIN, architecte).
Il est quadripartite : Etat ( 50 %), Région Ile-de-France ( 15 %), Ville de Paris ( 15%) et Fondation Armée du Salut ( 15% donateurs - 5 % emprunt ).
Sollicités au printemps dernier, les donateurs de l'Armée du Salut ont été sensibles à la cause puisque 5400 personnes ont décidé de faire un don. Ils ont ainsi versé en moyenne 326 F. pour une somme totale collectée de 1,5 MF.
Chaque don reçu a été intégralement affecté à ce projet comme en avait pris l'engagement personnel le Président de la Fondation, Glen Shepherd.

L'histoire de la Péniche Louise-Catherine.

Ce bâtiment, avec ses soixante-dix mètres de long et huit mètres quarante de large pour huit cents tonnes, est deux fois plus grand que les autres péniches.
Construite en 1915, la péniche est dépourvue de moteur et faite pour naviguer en convoi. Elle a été conçue pour ravitailler Paris en charbon livré par les Américains à Rouen.
En mars 1929, la future péniche n'était encore qu'un chaland en ciment armé de 70 m sur 8, propriété de l'Office National de la Navigation.


Un asile flottant aménagé par Le Corbusier.

Le jeudi 13 juin 1929, une campagne de souscription fut lancée par Albin Peyron avec une soirée de gala à la salle Pleyel. L'écrivain Pierre Hamp et mille huit cents personnes assistent à ce concert qui permet de récolter trente mille cent soixante francs et vingt cinq centimes pour armer, aménager et meubler cet asile flottant. Il est baptisé " Péniche Louise-Catherine ", en hommage au peintre suisse Louise-Catherine Breslau, amie de la première donatrice.
Cet espace fut transformé en asile flottant. Sa première directrice, Georgette Gogibus, surnommée " l'Amirale ", lui insuffla un esprit exceptionnel qui s'est perpétué tout au long du siècle. Installée dans une modeste cabine, elle accueillit sur la péniche les plus déshérités. Des milliers de personnes en difficulté y trouvèrent un vrai réconfort jusqu'à l'hiver 93/94.
Difficile de rester insensible à cette grande carcasse, à jamais attachée à une femme, la seule femme à bord pendant dix-huit ans : Georgette Gogibus, dite l'Amirale. Pharmacienne, devenue officière de l'Armée du salut le 16 mai 1935, elle fut l'une très rares salutistes à recevoir en 1958, " l'Ordre du fondateur ". La plus haute distinction de l'Armée du salut lui fut décernée pour son dévouement aux plus humbles, depuis sa minuscule cabine sans confort.

Ce navire deviendra un dortoir de cent cinquante lits pour les sauvetages d'urgence, avec chauffage, réfectoire, eau courante, électricité. Ancrée près du Louvre, en aval du Pont des Arts, la péniche sera inaugurée le premier janvier 1930.

Non seulement ce chaland en ciment armé, aménagé par Le Corbusier, architecte en vogue, servira de toit " aux sans-adresse, aux sans-repos et sans-taudis ", pour reprendre l'expression d'Albin Peyron, mais fera voyager et s'ouvrir les esprits et le goût d'un ailleurs pour les jeunes.


Les superstructures de Le Corbusier, la série des fenêtres grêles et carrées reflétaient bien son style sec et cubique. Les maigres colonnes et poteaux coffrés dans des tubes d'Eternit et de Célotex à l'intérieur, représentaient cet " esprit nouveau " mais aussi " du vite fait et pas cher ".

L'hiver qui suivit fut très rude et l'été qui suivit, la péniche fut transformée en un hôtel de villégiature, en colonie flottante pour jeunes garçons. Elle voguera ainsi, durant une dizaine d'années, vers Saint-Germain-en-Laye. Ancrée au pont du Pecq, elle sera une maison de campagne sur l'eau, un lieu de repos idéal.

Après la Seconde Guerre mondiale.

Après la Seconde Guerre mondiale, elle dût être remise en état, réaménagée pour être réouverte en février 1950, avec une capacité de quatre-vingt-dix places. Elle continua à bien remplir sa mission aux moments les plus rudes de l'hiver, en accueillant jusqu'à cent-quatre-vingt dix personnes.
L'asile flottant reçut les sortants d'hôpital ou de prison, les errants et chômeurs. Puis dans les années 1960, elle quitta le voisinage du Jardin des Plantes pour la gare d'Austerlitz.

Rénovée en 1980, avec confort intérieur, elle offrait le dîner et l'hébergement d'urgence gratuit, mais limité dans le temps. La population accueillie était cosmopolite et de plus en plus jeune.
En 1994, le préfet de police prit un arrêté de fermeture pour péril imminent.

En fait, les fissures mentionnées dans le rapport n'étaient pas à l'origine de traces d'eau sale, constatées à l'intérieur de la coque. L'expertise montra que ces dommages ne pouvaient qu'être dus à des incidents de plomberie.

Une commission de sécurité de la Préfecture identifia la présence d'eau dans la cale et demanda la fermeture des lieux. Dès lors, tout en poursuivant son action dans d'autres lieux, l'Armée du Salut se mis en quête de fonds pour effectuer des travaux de réfection et surtout de transformation.
Sept ans plus tard, la Fondation a obtenu le feu vert de l'administration pour entreprendre les travaux et, grâce aux dons, la péniche va revivre en 2002 avec une nouvelle vocation : l'aide d'urgence aux femmes en détresse.

Depuis 1994, la " Louise-Catherine " est désaffectée et gardée nuit et jour. Elle a été déclarée par le tribunal " attaché à perpétuelle demeure " dans le treizième arrondissement.