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Madame Elisabeth Guigou, Ministre de l'Emploi et de la
Solidarité a rencontré le lundi 10 décembre,
de 9h30 à 11h, le Colonel Glen Shepherd, président
de la Fondation Armée du Salut, afin de prendre connaissance
en détails de ce projet.
Profondément blessées dans leur dignité,
ces femmes connaissent pour la plupart le désespoir
de la très grande exclusion. Leur dégradation
physique et morale est particulièrement rapide. Elles
doivent pouvoir retrouver un peu de sécurité,
de dignité, une écoute, des soins
Afin
de répondre à leur détresse, la Fondation
Armée du Salut accueille dans ses centres d'hébergement
de plus en plus de femmes, souvent sans qualification ou à
bout de forces et ayant besoin de se " reconstruire "
physiquement, émotionnellement et professionnellement.
L'accueil d'urgence offre aussi chaque fois que possible les
conditions d'une reconstruction humaine et sociale.
42 cabines personnelles, des espaces de santé,
de dialogue
pour secourir, accompagner , reconstruire.
Fidèle à sa vocation de lutte contre l'errance,
la Fondation Armée du Salut a choisi d'accueillir sur
la Péniche, aménagée en Centre d'Accueil
d'Urgence, toute femme qui en exprime la demande, sans plus
de formalités administratives immédiates.
Conçue pour jouer un rôle de tremplin vers des
solutions de réinsertion, la péniche restera
ouverte toute l'année, y compris en période
de crues hivernales.
Chaque cabine sera équipée d'un lavabo, d'une
douche, de toilettes, d'un placard et dotées d'un hublot.
Ces lieux de vie permettront à leur occupante de retrouver
un début d'intimité. La péniche sera
divisée en espaces : accueil, attente, santé,
dialogue. Elle va disposer aussi d'une salle à manger
de 40 places, d'une laverie, d'une consigne pour bagages
Animée par un directeur et deux travailleurs sociaux,
la péniche comptera en tout dix salariés.
Les médecins à bord seront soit des bénévoles,
soit mis à disposition par la DDASS.
Première étape du processus de réinsertion
créé par la Fondation, la péniche sera
un Centre d'Accueil figurant dans le schéma départemental
de l'hébergement sur Paris et collaborera avec d'autres
associations et en particulier avec l'Espace Solidarité
insertion St-Martin (installé dans l'ancienne station
de métro ), inauguré en octobre dernier.
42 places, cela peut sembler peu au regard des besoins, mais
c'est primordial pour toutes celles qui pourront en bénéficier.
Au travers de 36 centres , la Fondation Armée du Salut
a accueilli en 2001 quelque 4000 femmes en situation d'exclusion
( adolescentes en danger, femmes battues, mères célibataires
et personnes âgées ).
Cette prise en charge nécessite une constante amélioration
des structures pour accueillir plus de résidentes,
dans de meilleures conditions, et favoriser ainsi leur réinsertion.
Le financement
Le coût des travaux est de 11 MF ( Cabinet KLEIN, architecte).
Il est quadripartite : Etat ( 50 %), Région Ile-de-France
( 15 %), Ville de Paris ( 15%) et Fondation Armée du
Salut ( 15% donateurs - 5 % emprunt ).
Sollicités au printemps dernier, les donateurs de l'Armée
du Salut ont été sensibles à la cause
puisque 5400 personnes ont décidé de faire un
don. Ils ont ainsi versé en moyenne 326 F. pour une
somme totale collectée de 1,5 MF.
Chaque don reçu a été intégralement
affecté à ce projet comme en avait pris l'engagement
personnel le Président de la Fondation, Glen Shepherd.
L'histoire de la Péniche Louise-Catherine.
Ce bâtiment, avec ses soixante-dix mètres de
long et huit mètres quarante de large pour huit cents
tonnes, est deux fois plus grand que les autres péniches.
Construite en 1915, la péniche est dépourvue
de moteur et faite pour naviguer en convoi. Elle a été
conçue pour ravitailler Paris en charbon livré
par les Américains à Rouen.
En mars 1929, la future péniche n'était encore
qu'un chaland en ciment armé de 70 m sur 8, propriété
de l'Office National de la Navigation.
Un asile flottant aménagé par Le Corbusier.
Le jeudi 13 juin 1929, une campagne de souscription fut lancée
par Albin Peyron avec une soirée de gala à la
salle Pleyel. L'écrivain Pierre Hamp et mille huit
cents personnes assistent à ce concert qui permet de
récolter trente mille cent soixante francs et vingt
cinq centimes pour armer, aménager et meubler cet asile
flottant. Il est baptisé " Péniche Louise-Catherine
", en hommage au peintre suisse Louise-Catherine Breslau,
amie de la première donatrice.
Cet espace fut transformé en asile flottant. Sa première
directrice, Georgette Gogibus, surnommée " l'Amirale
", lui insuffla un esprit exceptionnel qui s'est perpétué
tout au long du siècle. Installée dans une modeste
cabine, elle accueillit sur la péniche les plus déshérités.
Des milliers de personnes en difficulté y trouvèrent
un vrai réconfort jusqu'à l'hiver 93/94.
Difficile de rester insensible à cette grande carcasse,
à jamais attachée à une femme, la seule
femme à bord pendant dix-huit ans : Georgette Gogibus,
dite l'Amirale. Pharmacienne, devenue officière de
l'Armée du salut le 16 mai 1935, elle fut l'une très
rares salutistes à recevoir en 1958, " l'Ordre
du fondateur ". La plus haute distinction de l'Armée
du salut lui fut décernée pour son dévouement
aux plus humbles, depuis sa minuscule cabine sans confort.
Ce navire deviendra un dortoir de cent cinquante lits pour
les sauvetages d'urgence, avec chauffage, réfectoire,
eau courante, électricité. Ancrée près
du Louvre, en aval du Pont des Arts, la péniche sera
inaugurée le premier janvier 1930.
Non seulement ce chaland en ciment armé, aménagé
par Le Corbusier, architecte en vogue, servira de toit "
aux sans-adresse, aux sans-repos et sans-taudis ", pour
reprendre l'expression d'Albin Peyron, mais fera voyager et
s'ouvrir les esprits et le goût d'un ailleurs pour les
jeunes.
Les superstructures de Le Corbusier, la série des fenêtres
grêles et carrées reflétaient bien son
style sec et cubique. Les maigres colonnes et poteaux coffrés
dans des tubes d'Eternit et de Célotex à l'intérieur,
représentaient cet " esprit nouveau " mais
aussi " du vite fait et pas cher ".
L'hiver qui suivit fut très rude et l'été
qui suivit, la péniche fut transformée en un
hôtel de villégiature, en colonie flottante pour
jeunes garçons. Elle voguera ainsi, durant une dizaine
d'années, vers Saint-Germain-en-Laye. Ancrée
au pont du Pecq, elle sera une maison de campagne sur l'eau,
un lieu de repos idéal.
Après la Seconde Guerre mondiale.
Après la Seconde Guerre mondiale, elle dût être
remise en état, réaménagée pour
être réouverte en février 1950, avec une
capacité de quatre-vingt-dix places. Elle continua
à bien remplir sa mission aux moments les plus rudes
de l'hiver, en accueillant jusqu'à cent-quatre-vingt
dix personnes.
L'asile flottant reçut les sortants d'hôpital
ou de prison, les errants et chômeurs. Puis dans les
années 1960, elle quitta le voisinage du Jardin des
Plantes pour la gare d'Austerlitz.
Rénovée en 1980, avec confort intérieur,
elle offrait le dîner et l'hébergement d'urgence
gratuit, mais limité dans le temps. La population accueillie
était cosmopolite et de plus en plus jeune.
En 1994, le préfet de police prit un arrêté
de fermeture pour péril imminent.
En fait, les fissures mentionnées dans le rapport
n'étaient pas à l'origine de traces d'eau sale,
constatées à l'intérieur de la coque.
L'expertise montra que ces dommages ne pouvaient qu'être
dus à des incidents de plomberie.
Une commission de sécurité de la Préfecture
identifia la présence d'eau dans la cale et demanda
la fermeture des lieux. Dès lors, tout en poursuivant
son action dans d'autres lieux, l'Armée du Salut se
mis en quête de fonds pour effectuer des travaux de
réfection et surtout de transformation.
Sept ans plus tard, la Fondation a obtenu le feu vert de l'administration
pour entreprendre les travaux et, grâce aux dons, la
péniche va revivre en 2002 avec une nouvelle vocation
: l'aide d'urgence aux femmes en détresse.
Depuis 1994, la " Louise-Catherine " est désaffectée
et gardée nuit et jour. Elle a été déclarée
par le tribunal " attaché à perpétuelle
demeure " dans le treizième arrondissement.
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