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La grossesse à l’épreuve de l’exil

Publie le : 17 novembre 2020
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Enceintes et en exil. Elles sont de plus en plus nombreuses. Elles sont de plus en plus en souffrance. A la rue ou dans les centres d’hébergement d’urgence (CHU), la Fondation de l’Armée du Salut constate une forte hausse de femmes enceintes.

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Noor occupe un fauteuil d’un centre d’accueil exclusivement réservé aux femmes. Sa petite valise est remplie de ce qu’il lui reste de sa vie. Elle s’est réfugiée dans le silence. Ses yeux crient du manque de tout. Ses rares paroles hurlent une solitude éclatante.

« Vous êtes suivie par un gynécologue ? », demande Louise. « J’ai des boutons sur le visage depuis le début de ma grossesse », répond timidement Noor éludant la question de la sage-femme. « Ici vous pouvez prendre une douche, faire une lessive, vous reposer, manger », poursuit Louise. La consultation a lieu dans les locaux de la Cité des Dames, à Paris, gérée par la Fondation de l’Armée du Salut et l’association ADSF, Agir pour la santé des femmes.

En 2019, plus de 120 femmes enceintes accueillies à la Cité des Dames

« Nous proposons un accompagnement sur le plan médical. Et surtout gynécologique ! Nous apportons une attention particulière au dépistage du cancer du col de l’utérin, car ces femmes sont en marge de tout suivi médical », explique Louise. Après 8 mois de grossesse, certaines n’ont jamais pu consulter un gynécologue. En 2019, sur les 788 femmes accueillies à la Cité des Dames, 16% étaient enceintes, soit plus de 120 femmes. Et plus de 400 femmes vivent les bouleversements liés à l’exil.

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Contraintes de survivre dans les couloirs des maternités ou à la rue

« Certaines mères ou futures mères sont orientées vers la Cité des Dames par les services des maternités des hôpitaux. Elles sont dans des situations où tous les facteurs de vulnérabilité se mélangent », constate Amélie, psychologue clinicienne, coordinatrice santé à la Cité des Dames. Elle décrit des femmes psychiquement très vulnérables : « elles souffrent de troubles du sommeil, elles ont des difficultés à respirer. Elles se sentent seules, leur entourage familial leur manque », a constaté Amélie.

Poussées à l’exil par des conflits et les violences dans leur pays ou par la pauvreté, contraintes de survivre dans les couloirs des maternités ou à la rue, la vulnérabilité de ces femmes enceintes est gravement accentuée. Elles vivent un quotidien très précaire, avec un avenir peu lisible.

Marème, coordinatrice de soins à l’ADSF, rencontre au quotidien des femmes qui ont subi les violences dans leur pays d’origine mais aussi au cours de leur parcours d’exil. « Beaucoup de femmes tombent enceinte après un viol. Certaines ont donné leur corps pour payer une nuit d’hébergement en France. Plusieurs femmes se retrouvent à devoir porter un enfant non désiré », rapporte Marème. A cela s’ajoute une vie enracinée dans la précarité, seule à la rue et la peur d’être incapable de remplir son rôle maternel.

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Isabelle est enceinte de 8 mois. Elle a été accueillie dans un gymnase, dans le nord de Paris, géré par la Fondation de l’Armée du Salut. « J’ai quitté le Cameroun pour venir en France et aider ma famille restée au pays », explique-t-elle. Enceinte, elle a traversé les zones jugées les plus inhospitalières. Une fois en France, une connaissance l’a hébergée une nuit avant de la « mettre à la rue ». « Je n’avais que mon blouson pour protéger du froid mon enfant et moi », dit-elle assise à côté d’une femme qui porte contre elle son bébé emmailloté.

L'enfant : porteur de tous les espoirs

Pour certaines femmes, la maternité peut être une étape vers une vie meilleure. « A la Cité des Dames, nous avons accompagné pendant trois mois une dame qui était très anxieuse d’avoir son premier bébé. Mais l'enfant était aussi porteur de tous les espoirs. Aujourd’hui, elle a trouvé un toit et vit dans un hôtel social avec son enfant », raconte Amélie.

Un beau parcours rendu notamment possible par les donateurs de la Fondation de l’Armée du Salut ainsi que ceux de la Nuit de la Philanthropie 2018, qui participent au financement de l’établissement. 

En France, 40% des sans domicile (vivant en situation d'hébergement, dans des abris de fortune, ou à l'hôtel, etc.) sont des femmes, parmi lesquelles 5% sont sans abri. Mais les femmes enceintes restent invisibles !

Mayore LILA DAMJI

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