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Lyon : Plus de 800 personnes mises à l’abri par l’Armée du Salut cet hiver

Publie le : 10 janvier 2019
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Elles sont en détresse. Elles sont vulnérables. Elles sont sans domicile. Elles, ce sont les 816 personnes que la Fondation de l’Armée du Salut accueille cet hiver en urgence à Lyon, dans quatre lieux d’hébergement différents. Découvrez leur réalité grâce à un reportage en immersion. 

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-2 degré. Le soleil, aveuglant, obscurcit l’horizon. Le vent érafle le visage. Des voix d’enfants se font entendre au loin. Une silhouette apparaît dans l’entrebâillement d‘une porte d’une ancienne caserne militaire.

Une femme menue, affaiblie par les vents de l’errance se tient debout sur le pas de la porte. Chutaru. 38 ans. 4 enfants, qu’elle élève avec son mari, dans ce lieu ouvert en urgence par l’Armée du Salut et qui s’appelle la caserne Chabal, à Saint-Priest, près de Lyon. 

« Nous sommes arrivés ici en novembre 2018 ? », demande-t-elle à sa fille aînée. Ici, c’est une ancienne caserne militaire transformée en lieu d’accueil depuis janvier 2018, et où plus de 570 personnes dont une centaine enfants et essentiellement des familles sans domicile sont aujourd’hui mises à l’abri. 458 d’entre elles sont arrivées cet hiver. 

Depuis plus de deux mois, cette famille roumaine a un toit provisoire. Suivie par les travailleurs sociaux de la Fondation de l’Armée du Salut, elle espère en trouver un plus pérenne.

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Une vie faite de cartons, d'une grande précarité et d'une exclusion fatale

Ici, c’est Saint-Priest, une ville à quelques kilomètres de Lyon.  « Nous travaillons dans les marges de la société, fait remarquer El Hadj Boukoufalllah, chef de service de ce centre d’hébergement de la Fondation de l’Armée du Salut. Nous voulons donner toutes leurs chances à ces personnes, qui ont été marginalisées, d’avoir une vie stable et un avenir », poursuit-il. Le passé des familles a été marqué par une vie fait de cartons, de squats, d’une grande précarité et d’une exclusion fatale. 

« Avec mon mari et mes enfants, nous avons dormi dans des centres avant d’être mis à la rue, en Bretagne. Nous avons fini par dormir à 6 dans notre voiture », raconte Chutaru en fouillant dans ses souvenirs, sa malle de souffrances. Certaines familles habitant les squats ont été les proies des marchands de sommeil. Contraintes de payer, elles ont plongé encore plus dans la précarité. 

La mission confiée à la Fondation de l’Armée du Salut est de répondre aux besoins vitaux des familles et de répondre aux urgences sociales et de santé. « Les enfants qui sont arrivés à la caserne ne sont pas vaccinés, car sans être couverts par la Sécurité sociale les injections sont payantes », rappelle El Hadj. Plusieurs personnes ont de graves problèmes de santé. « La vie dans les squats ne permet pas d’avoir un accès aux soins. Les femmes n’ont pas de suivi gynécologique pendant leur grossesse par exemple », rappelle le chef de service de Saint-Priest.

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80 euros par mois pour élever seule son enfant

La grande majorité des enfants et des adolescents accueillis au centre d’hébergement sont scolarisés. Grâce à des bénévoles, des cours de français langue étrangère (FLE) et de soutien scolaire sont proposés plusieurs fois par semaine à tous les membres des familles présentes. « Des animateurs de l’Arche de Noé, un centre de loisirs de la Fondation de l’Armée du Salut à Lyon, viennent tous les après-midis pour organiser des jeux pédagogiques pour les plus petits et les plus grands », souligne une travailleuse sociale. Les adolescents ont besoin de cet accompagnement. 

Il est midi. Chutaru prépare le repas. Une autre « résidente » de la caserne concocte aussi un plat. Les denrées alimentaires sont livrées une fois par semaine par la Banque alimentaire du Rhône. Nourrissons, enfants, adolescents, chaque famille reçoit des produits alimentaires en fonction de la composition familiale. 

Comme Chutaru, ils sont nombreux à avoir fui les discriminations et les difficultés quotidiennes de leur pays. Mohamed a 12 ans. Ses parents ont quitté l’Algérie pour la France en 2016, afin de pouvoir le faire opérer. Quelques jours après l’intervention chirurgicale, la famille s’est retrouvée sans domicile. Quand le plan froid a été déclenché, « nous avons été accueillis et mis à l’abri par la Fondation de l’Armée du Salut ici », dit le couple cinquantenaire, en remerciant les travailleurs sociaux. 

80 euros par mois. C’est ce que gagne cette jeune qui élève seule son enfant. « Je suis auto-entrepreneuse, je vends des chaussettes et des sous-vêtements sur les marchés. Mais ce que je gagne ne me permet pas de vivre dignement. La Fondation de l’Armée du Salut m’aide à faire un dossier pour me financer le permis et me trouver un logement », détaille-t-elle.

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La mise à l'abri : un premier par pour rassembler les pièces d'une vie morcelée

« Notre objectif est de travailler avec les personnes accueillies pour qu’elles trouvent un emploi, un logement, rappelle Lucas Descourtis, le directeur adjoint de l’établissement dont dépend la caserne. 

Après un an d’existence, le centre d’hébergement a orienté plusieurs familles vers des appartements où elles tentent de retrouver une « vie normale et autonome ». 

« Un couple et trois enfants qui vivaient avant dans la caserne à Saint-Priest ont été accueillis en 2018 dans un autre centre d’hébergement d’urgence lyonnais de l’Armée du Salut », rapporte Alexandra, une travailleuse sociale qui a accueilli cette famille. Depuis décembre 2017, cet autre centre abrite lui 78 personnes dans 43 logements. 

Il abrite également les équipes lyonnaises de la Fondation de l’Armée du Salut chargées du suivi social de près de 430 personnes, dont 150 enfants, vivant dans des appartements éclatés dans plusieurs communes de la métropole. « Nous accompagnons ainsi des personnes isolées et des familles vivant dans une soixantaine d’appartements », explique Edna Malley, conseillère en économie sociale et familiale.

Au total, les places d’hébergement d’urgence ouvertes par la Fondation de l’Armée du Salut dans la métropole de Lyon accueillent donc plus de 800 personnes, cet hiver. Ces places d’hébergement sont le fruit d’une collaboration entre l’Etat (la Direction Départementale de la Cohésion Sociale -DDCS-), la Métropole du Grand Lyon et la Maison de la veille sociale du Rhône.

Il fait froid, il fait nuit. Le vent souffle de nouveau. Mais ce vent dissipera progressivement le flou qui plane sur l’avenir de ces 800 personnes. Cette nuit et les nuits suivantes, ces femmes, ces enfants et ces pères de famille seront à l’abri. Une première étape nécessaire pour rassembler les pièces d’une vie morcelée. 

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