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Marie Rose Moro, médecin à l’écoute du monde

Publié le : 26 septembre 2018
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Marie Rose Moro est une femme éclectique : docteure en médecine et en sciences humaines, psychanalyste, professeure des universités, chef de file de l’ethnopsychanalyse, fondatrice de revue scientifique et écrivaine. En fil rouge : le souci de l’autre.

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Marie Rose Moro, médecin à l’écoute du monde © Didier Goupy
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Vous dites que les êtres vulnérables ont besoin, plus que les autres, d’être regardés avec un supplément d’humanité.

Marie Rose Moro : C’est vrai. Je le constate chaque jour, en consultation à l’hôpital ou dans mes missions de psychiatrie humanitaire pour Médecins Sans Frontières. Les personnes qui vivent dans la précarité peuvent être apaisées par des mots, des signes ou des soins. L’essentiel est de ne pas détourner notre regard, de prendre en compte leur espoir de vie, et pas seulement les circonstances qui les ont menées à la précarité. Je reçois en consultation des personnes venues de l’étranger, qui ont supporté le pire, résisté à toutes sortes de violences, mais qui s’effondrent quand elles réalisent que personne ne veut d’elles une fois arrivées.

L’accueil des plus fragiles ne se résume pas à un toit et de la nourriture :
symboliquement, il doit aussi permettre à la personne d’avoir le sentiment d’être accueillie, dignement.
 

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C’est le cas des populations qui ont dû fuir leur pays à cause de la guerre ou d’une pauvreté extrême, et qui ne sont pas accueillies dignement alors qu’elles avaient fondé tant d’espoir en ce chemin d’exil... 

M.R.M : On parle en effet beaucoup du phénomène migratoire actuel en termes alarmistes, alors que le brassage des cultures a toujours été une respiration et que le pourcentage de personnes accueillies en Europe est minime par rapport aux grands mouvements du monde. Il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant, mais c’est notre perception qui a changé. L’hospitalité, qui est pourtant inscrite dans la devise de la République sous le mot «fraternité », ne semble plus être une valeur cardinale, ni un honneur national. On a tendance à la réduire à des questions matérielles ou sécuritaires, alors que la dimension symbolique est essentielle pour la construction d’un avenir partagé. Que dirons-nous aux enfants qui ont vu leurs parents humiliés ? 

L’action de terrain peut-elle compenser cette inertie ?

M.R.M : Heureusement, de nombreuses initiatives ont émergé dans la société civile, au sein des associations, à l’hôpital ou dans les écoles : beaucoup de gens n’acceptent pas qu’on apporte des restrictions à l’accueil, qui doit être inconditionnel. Opposer les pauvres aux plus pauvres n’est pas une solution, notre responsabilité collective est d’humaniser la place que nous faisons aux plus fragiles. Les personnes qui vivent dans la précarité peuvent être apaisées par des mots, des signes ou des soins.

 

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