Des orientations qui mettent en danger notre système social

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Alors que le gouvernement vient d’annoncer 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires dès cette année sur le budget de l’Etat et jusqu’à 20 milliards d’euros qui devront être trouvés dans le budget 2025, les associations sonnent l’alarme face à ces orientations qui mettent en danger notre système social et, plus largement, l’avenir de notre société. Une tribune publiée sur Le Monde, le 11 avril, et cosignée par l'Uniopss et la Fas, dont la Fondation de l'Armée du Salut est membre fondateur.

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En dépit des précautions du ministre de l’économie indiquant que les Français seraient épargnés et que l’effort ne concernerait que l’Etat, cette nouvelle contraction annoncée du budget va toucher significativement les personnes les plus vulnérables qui n’ont pas d’autre choix que de vivre des maigres revenus de leur travail ou des transferts sociaux, mais aussi le fonctionnement de nos services publics garants de la cohésion sociale et du bien-vivre ensemble.

Ce mouvement, qui n’est que l’amorce d’autres perspectives de restrictions budgétaires encore plus massives dans les prochaines années, ne peut nous laisser sans réaction. Au-delà de l’exercice convenu d’une indignation attendue émanant de ceux qui sont les porte-voix des plus fragilisés et trop souvent renvoyés à leur humanité coupée des contraintes économiques, nous voulons nourrir le débat public et faire émerger d’autres constats partagés susceptibles de peser sur les évolutions en cours.

Nos associations sont ainsi particulièrement préoccupées du démantèlement progressif des dispositifs de protection sociale dans un contexte d’apathie globale. La réforme annoncée de l’allocation spécifique de solidarité (ASS) en est l’illustration symbolique, tout comme la situation sinistrée du secteur de l’aide à domicile qui met en danger les personnes en situation de handicap et les personnes âgées.

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L’État-providence en grand danger

Nous sommes aussi inquiets de la stigmatisation croissante de certaines personnes qui sont renvoyées à la responsabilité individuelle de leur situation défavorable, avec en particulier la figure emblématique du chômeur qui n’en fait pas assez et qui s’installerait durablement comme bénéficiaire de l’assurance-chômage, devenant un coût insoutenable pour la collectivité.

Nos associations dénoncent aussi la mécanique en cours opposant des catégories de personnes entre elles et organisant la concurrence des causes à financer par l’argent public. Par exemple, les personnes souffrant d’une affection de longue durée (ALD) ou utilisant les transports médicalisés seraient soupçonnées d’abuser de la générosité de notre système de protection sociale.

L’État-providence, fondement de la société d’après-guerre et du vivre-ensemble jusqu’à ce jour, est en grand danger. La rhétorique de Bercy et de son nouvel « État protecteur » ne fera qu’accroître le risque de précarité et d’explosion sociale dans un contexte économique de plus en plus difficile.

Conscientes des besoins massifs de financements pour l’éducation et l’emploi, la santé et la solidarité, l’adaptation au changement climatique ou encore la dépendance, nos associations enjoignent au gouvernement de poser les conditions d’un débat parlementaire et citoyen sur le financement de la dépense publique.

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Une taxation exceptionnelle des superprofits

Il n’est ainsi pas juste de faire uniquement reposer l’effort collectif sur une contraction du budget de l’Etat et donc sur les acteurs et usagers des services publics ou sur les personnes dépendant de la dépense publique, quand il est par ailleurs annoncé de manière ferme et définitive que toute perspective de financement par l’impôt serait par nature inenvisageable.

La nation et la République reposent sur l’idée d’un commun : comment faire nation si le commun est effacé des politiques de la nation qui abandonnent l’idée d’agir pour toutes et tous ?

Plusieurs travaux récents, en particulier le rapport Pisany-Ferri (2023) sur les incidences économiques de l’action pour le climat ou encore le rapport de l’ONG Oxfam intitulé « Multinationales et inégalités multiples » (2024), ont enjoint au gouvernement de répartir l’effort de financement par davantage de justice fiscale. Il est pour le moins étonnant qu’ils soient balayés sans même prendre la peine de considérer l’exigence de justice sociale et de redistribution de la richesse au bénéfice de toutes et tous.

C’est pourquoi nos associations demandent au gouvernement de cesser de stigmatiser les populations les plus fragiles et d’opposer les catégories entre elles ; de sanctuariser et renforcer les budgets de l’État consacrés à la protection sociale et trouver d’autres leviers financiers, comme une taxation exceptionnelle des superprofits des entreprises ; de mettre en débat au Parlement et dans le cadre d’une conférence de consensus dans les prochains mois la recherche de financements pluriannuels assis sur une juste contribution à l’effort et en particulier sur la justice fiscale. Ce qui nous semble devenir incontrôlable aujourd’hui, ce n’est pas la dépense publique mais bien le transfert massif de la solidarité nationale au profit des acteurs les plus forts du système.

Nos associations appellent à un sursaut citoyen et politique : retrouvons le sens du commun pour faire société ! Il y va de notre avenir à toutes et tous.

Liste des cosignataires : Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité ; Arnaud de Broca, président du Collectif handicaps ; Daniel Goldberg, président de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux ; Noam Leandri, président du collectif Alerte ; Gérard Raymond, président de France Assos Santé et Antoine Sueur, président d’Emmaüs France; Pascale Ribes, Présidente d’APF France handicap

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Actualité