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1881-2021 : 140 ans de présence de l’Armée du Salut en France. Adversaires et défenseurs

Publié le : 17 septembre 2021
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Autour du canal Saint-Martin, la « Maréchale » Booth et les salutistes commencent à voir les premiers fruits de leur mission. Convertis, de jeunes hommes et femmes s’enrôlent dans cette armée. Certains intègrent « l’école militaire », une formation basique de quelques semaines, à l’époque, afin de devenir officiers. À leur tour, avec un zèle apostolique remarquable, ils propagent le message porté par En Avant ! le journal salutiste publié à partir de 1882.

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Ces jeunes gens paient de leurs personnes. Les pratiques inattendues des salutistes (uniformes, prières, chants et prédications) leur valent parfois l’hostilité des bienpensants, l’opposition des pouvoirs publics et même des réactions brutales de la foule. Les voyous leur jettent des pierres ou de la boue, leur crient les plus grossières insultes, leur promettent d’être jetés au canal. Parfois même, il y a de violentes bagarres : quai de Valmy, un cadet de vingt-un an, Louis Jeanmonod, reçoit un tel coup de tête en pleine poitrine qu’il mourra quelques jours après. C’était en 1886 : cinq ans après l’installation de l’Armée du Salut en France. 

Les salutistes s’attirent aussi l’antipathie de la presse. Ici encore le mouvement paraît bien excentrique. En 1892, Le Petit journal titre « L’Armée du Salut à Paris : désordres dans la rue » et s’interroge : « peut-on prendre au sérieux ces sortes de néophytes qui manifestent leur foi en plein boulevard, au son du tambour et de la grosse caisse, comme les saltimbanques qui font la parade pour s’attirer des spectateurs ! » Avec la caricature, l’Armée du Salut devient un élément de la culture populaire : des saynètes de cabaret, des chansons satyriques, des illustrations de presse et des romans présentent, en particulier, les soldates et les officières sous un jour peu amène.

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L'Armée du Salut le ferment d’un réveil religieux
et d’un renouveau au sein de la communauté chrétienne

Chez les religieux, les soutiens naturels que l’Armée pouvait attendre au sein du protestantisme sont hétérogènes. La comtesse Valérie de Gasparin, éminente protestante, n’admettra jamais ces « filles Alléluia » qu’elle appelait « des sauterelles d’Egypte ». Plus mesuré, le pasteur Léon Pillate considère que l’Armée du Salut « n’offre pas un modèle imitable en France, mais elle offre, et c’est là l’essentiel, un exemple digne d’être imité partout : celui d’un zèle superbe, d’un héroïque dévouement pour le salut des âmes. » Si elle a ses détracteurs, l’Armée ne manque pas de partisans enthousiastes qui voient, en elle, le ferment d’un réveil religieux et d’un renouveau au sein de la communauté chrétienne. Les pasteurs Théodore Monod, Auguste Rollier et Daniel Lortsch prennent chacun la plume pour prendre position en faveur du mouvement. L’avocat Élie Peyre-Courant publie un véritable plaidoyer pour les salutistes et affirme : « Procédant de l’Evangile, s’ils ne sont pas les fils de la Réforme, c’est qu’ils en sont les frères ».

Marc Muller, Sergent Major du poste de Paris

 

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